Ziglibithy, funk et reggae: les années dorées de la musique ivoirienne
17 sept 2026, 9:55 · 19 min
<p>Costumes pailletés, orchestres en direct à la télévision, vinyles qui tournent dans les salons : pendant deux décennies, Abidjan a fait danser toute l'Afrique de l'Ouest. Un patrimoine aujourd'hui menacé, que collectionneurs et archivistes s'efforcent de sauver disque par disque.</p> <p>Avant le rap Ivoire, avant le coupé-décalé, avant même le zouglou, il y avait les costumes pailletés de François Lougah, les déhanchés d'Ernesto Djédjé et le reggae d'<strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/alpha-blondy/" class="gtm-add-suggested-tag">Alpha Blondy</a></strong>. Dans les années 1970 et 1980, la <strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/côte-d-ivoire/" class="gtm-add-suggested-tag">Côte d'Ivoire</a></strong> vivait son âge d'or musical : les orchestres jouaient en direct à la télévision, les vinyles tournaient dans les salons, et les artistes remplissaient les salles bien au-delà des frontières du pays. Une époque mythique que les anciens racontent avec émotion, pendant que de jeunes passionnés tentent d'en sauver les traces.</p> <p>À 75 ans, dont 65 de carrière, Bailly Spinto n'a jamais quitté la scène. Surnommé « l'Homme à la voix d'or » ou « le Rossignol », ce chanteur à la croisée de la soul, du rock et du funk s'est construit une somptueuse villa au cœur de Yopougon, la commune la plus peuplée d'Abidjan.</p> <p>Ici, tout le monde le connaît, et les jeunes du quartier guident spontanément les visiteurs jusqu'à sa porte. « <em>La plaque tournante de la musique ivoirienne, c'était la Côte d'Ivoire ! </em>se souvient-il.<em> Les stars comme <strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/manu-dibango/" class="gtm-add-suggested-tag">Manu Dibango</a></strong> sont arrivés ici, ils se sont installés à la RTI, ils ont formé des artistes ivoiriens… Tout ça, c'était notre âge d'or ! </em>»</p> <h2>Les gardiens de la mémoire</h2> <p>Cette mémoire, ce sont aussi de jeunes passionnés qui la font vivre. Dans un appartement de Cocody où il a installé son centre d'archives, BaouléCore, Cédric Kouamé, petite trentaine et grosses dreadlocks, a rassemblé une collection de 3 000 vinyles. Chaque week-end, il part « au village » fouiller les collections des anciens pour y dénicher des pépites, qu'il nettoie, écoute, classe et parfois numérise.</p> <p>Était-ce vraiment mieux avant ? « <em>Une musique, pour être enregistrée, devait être réfléchie, répétée, écrite</em> », explique-t-il pour justifier sa passion pour cette production « intemporelle ». Avec Mel Dagson, archiviste et historien qui tient une chaîne YouTube consacrée à la musique vintage ivoirienne, et l'aide à dater ses trouvailles, ils collectent les disques autant que les souvenirs. « <em>Tous les fonctionnaires ivoiriens de l'époque possédaient tous le même meuble, une armoire symbole d'ascension sociale</em> », raconte le premier. Le second complète : «<em> Elle était garnie de deux indispensables : une collection de vaisselle pour recevoir, et une collection de vinyles pour faire danser leurs invités</em> ».</p> <h2>Un trio de géants</h2> <p>L’extraordinaire production musicale des années 1970 repose sur les épaules de trois géants. Le premier, François Lougah, surnommé « le Papa national », est celui qui a ouvert la musique ivoirienne au monde, dès 1971-1972, jusqu'à jouer aux côtés des musiciens de la star zaïroise Abeti Masikini. Il est suivi, en 1975, par Ernesto Djédjé, chanteur et guitariste idolâtré pour ses déhanchés spectaculaires, qui invente à lui seul un genre révolutionnaire : le ziglibithy, un brassage des influences occidentales (funk, disco, reggae) avec le folklore bété.</p> <p>Le trio est complété en 1981 par Alpha Blondy, seul survivant de l'âge d'or, qui adapte le reggae à la sauce ivoirienne et porte la musique du pays à un niveau international inédit. « <em>C'est celui qui a permis que le monde entier s'intéresse à la musique ivoirienne</em> », résume Mel Dagson. Son album <em>Cocody Rock</em> (1984) bat des records de vente, tandis qu'<em>Apartheid is Nazis