RFI
L'Atelier politique
<p>« <em>Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte</em> », dit une maxime bien connue. Même si cette expression est parfois galvaudée, tentons de nous intéresser à la politique au sens noble du terme. L’ambition de cette émission est donc de réfléchir à ce que la France et le monde pourraient devenir dans dix, quinze, ou vingt ans. Dressons d’abord une sorte d’état des lieux avant de nous lancer dans cet exercice prospectif. Dans cette perspective, l’Atelier politique s’articule autour de 4 séquences : la France maintenant, La France demain, le monde maintenant et le monde demain. Réalisation : Mathias Golshani. Diffusion le samedi à 19h10 T.U. vers toutes cibles.</p>
Actualizado: 2026-08-29
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episodios
David Chavalarias: «Les algorithmes sont aveugles à la sémantique»
29 ago 2026, 5:00 · 38 min
<p>David Chavalarias est directeur de recherche au CNRS et fondateur du Politoscope, un outil qui cartographie en temps réel les flux d'information politique sur les réseaux sociaux. Dans <em>Toxic Data</em> (Flammarion, 2022), il documente, chiffres à l'appui, la manière dont les plateformes numériques dégradent l'espace public démocratique. Invité de l’Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2>Des algorithmes aveugles</h2> <p>Le point de départ de David Chavalarias est contre-intuitif : les algorithmes qui organisent nos fils d'actualité ne lisent pas ce que nous publions. Ils sont, écrit-il dans <em>Toxic Data</em>, « <em>aveugles à la sémantique</em> », incapables de distinguer une opinion politique d'une recette de cuisine ou d'un complément alimentaire. Ce qu'ils mesurent, c'est l'engagement : les clics, les likes, le temps passé à regarder une vidéo.</p> <p>Or l'engagement, la psychologie cognitive le démontre depuis longtemps, est maximisé par les contenus négatifs et clivants. Les plateformes n'ont pas inventé ce réflexe humain. Elles lui ont donné une infrastructure mondiale et un moteur économique. Résultat : des populations entières se retrouvent progressivement enfermées dans ce que David Chavalarias appelle une « <em>réalité alternative, purgée de toute information incompatible avec leurs croyances</em> ».</p> <h2>Ce que le Politoscope a vu</h2> <p>Grâce au Politoscope, David Chavalarias a pu observer des phénomènes que l'œil nu ne détecte pas. En 2017, la communauté politique soutenant François Fillon concentrait quatre fois plus de fausses informations que la moyenne. La même année, des activistes américains d'alt-right, ce mouvement d'extrême droite radicale né autour de la candidature de Trump, coordonnaient sur le forum 4chan des campagnes de mèmes ciblant simultanément les électorats de Fillon et de Mélenchon pour déstabiliser l'élection française. La France n'était pas un dommage collatéral : elle était une cible délibérée.</p> <h2>Une conjecture qui ressemble de plus en plus à une certitude</h2> <p>David Chavalarias formule dans <em>Toxic Data</em> ce qu'il appelle prudemment une conjecture : «<em> Le modèle économique actuel de la Big Tech, fondé sur la marchandisation de l'influence sociale, est incompatible avec la pérennité de nos démocraties</em>. »</p> <p>Il cite la loi de Brandolini, du nom d'un informaticien italien, selon laquelle «<em> la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure à celle nécessaire pour les produire</em> ». Dans ce déséquilibre fondamental réside une partie du problème : les démocraties jouent avec des règles qui favorisent structurellement la désinformation.</p> <h2>Ce qu'il propose</h2> <p>David Chavalarias n'est pas un prophète du désastre. <em>Toxic Data</em> se conclut sur des propositions concrètes : des outils de visualisation des dynamiques informationnelles ouverts aux citoyens, une régulation des plateformes fondée sur la transparence algorithmique, et une réforme du mode de scrutin. David Chavalarias défend le jugement majoritaire, une méthode inventée par deux mathématiciens français, Michel Balinski et Rida Laraki, dans laquelle les électeurs évaluent chaque candidat plutôt que d'en choisir un seul, et qu'il décrit comme « <em>l'une des méthodes de vote les moins manipulables</em> ».</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/podcasts/chronique-des-médias/20211022-l-algorithme-est-un-combat" class="a-read-more__link">L’algorithme est un combat</a></p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/emission/20180117-comment-comprendre-algorithmes-mieux-apprivoiser" class="a-read-more__link">Comment comprendre les algorithmes pour mieux les apprivoiser?</a></p>
Joëlle Chevé : «Première dame : un rôle sans statut, un pouvoir sans nom»
8 ago 2026, 5:00 · 38 min
<p>Sous la Vè République, la figure de la Première dame change de nature. Le pouvoir présidentiel s'affirme, la médiatisation s'emballe, et les femmes de président se retrouvent projetées dans une exposition sans précédent, toujours sans aucun statut juridique. Joëlle Chevé retrace, dans <em>L'Élysée au féminin</em> (Éditions du Rocher, 2017), les portraits de Claude Pompidou, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac, Cécilia Sarkozy, Carla Bruni et Valérie Trierweiler. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <p> </p> <h2>La révolution des potiches</h2> <p>Joëlle Chevé intitule la partie consacrée aux Premières dames de la Vè République <em>« La révolution des potiches »</em>. Claude Pompidou, passionnée d'art contemporain, fait entrer l'art vivant à l'Élysée et impose un style d'une modernité tranchante. Anne-Aymone Giscard d'Estaing cultive la discrétion et la rigueur. Danielle Mitterrand, militante de longue date et fondatrice de France Libertés, refuse ouvertement le titre de Première dame, affirmant dans ses propres mémoires : <em>« Première dame, ça n'existe pas. »</em> Bernadette Chirac transforme son engagement dans les associations et sa popularité personnelle en présence publique autonome.</p> <p> </p> <h2>L'irruption du scandale médiatique</h2> <p>La Vè République est aussi l'époque où la presse people et les chaînes d'information en continu transforment la vie privée du couple présidentiel en spectacle permanent. Cécilia Sarkozy, qui avait été l'une des architectes de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, quitte l'Élysée dès les premiers mois et divorce quelques semaines après l'élection, laissant un président sans Première dame officielle pour la première fois sous la Vè République.</p> <p>Carla Bruni lui succède dans des conditions inédites, trois mois à peine après l'élection, apportant avec elle une célébrité internationale et une carrière artistique que l'institution présidentielle n'a jamais su intégrer. Joëlle Chevé décrit comment elle tente de construire une version humanitaire du rôle tout en poursuivant une activité de chanteuse et compositrice.</p> <p>Valérie Trierweiler, compagne non mariée de François Hollande, pose une question constitutionnelle inédite : peut-on être Première dame sans être épouse ? Joëlle Chevé retrace les difficultés de cette situation, sous le feu permanent des médias, jusqu'à la révélation d'une liaison de Hollande avec l'actrice Julie Gayet, qui précipite son départ de l'Élysée en janvier 2014.</p> <p> </p> <h2>Un statut fantôme</h2> <p>Ce qui traverse tout le livre de Joëlle Chevé, et qui culmine dans sa conclusion, c'est le paradoxe fondamental de la Première dame française. Elle bénéficie d'avantages matériels substantiels, de collaborateurs, de chauffeurs, mais aucun texte légal ne reconnaît son existence. Elle est soumise, écrit Joëlle Chevé, <em>« à un devoir de réserve très contraignant au titre d'un statut qui n'existe pas »</em>. Elle peut se voir confier des missions diplomatiques, comme Cécilia Sarkozy dans l'affaire des infirmières bulgares, sans être pour autant soumise aux obligations qui en découlent.</p> <p>Emmanuel Macron a voulu sortir de ce qu'il a lui-même appelé une <em>« hypocrisie française »</em>. La tentative de formalisation du rôle en 2017, aussitôt retirée face à la polémique, illustre l'impasse dans laquelle se trouve la Vè République sur ce sujet depuis soixante ans.</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À écouter aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/podcasts/l-atelier-politique/20260801-ces-femmes-qu-on-n-appelait-pas-première-dame" class="a-read-more__link">Ces femmes qu'on n'appelait pas Première dame</a></p> <p> </p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/france/20260606-france-bernadette-chirac-veuve-du-président-chirac-est-morte-à-93-ans" class="a-
Joëlle Chevé : «Ces femmes qu'on n'appelait pas Première dame»
1 ago 2026, 5:00 · 38 min
<p>Joëlle Chevé est historienne, spécialiste de l'histoire des femmes et du pouvoir. Dans <em>L'Élysée au féminin</em> (Éditions du Rocher, 2017), elle retrace l'histoire méconnue des épouses et compagnes des chefs d'État français, de la Révolution à la fin de la IVᵉ République. Un livre qui révèle combien ces femmes ont exercé un rôle réel, contraignant et souvent ingrat, sans que personne ne daigne le reconnaître. Invitée de l'Atelier Politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2>Une République qui rêve de reines</h2> <p>Dès la Révolution, le paradoxe est posé. Les républicains rejettent avec violence le modèle monarchique et sa Cour, mais ils ne savent pas comment s'en passer. Les hommes de la Révolution ont utilisé la figure de Marie-Antoinette pour disqualifier toute présence féminine dans la sphère du pouvoir. Et pourtant, comme l'écrit Joëlle Chevé, « <em>la conception républicaine qui impose une stricte séparation entre vie publique et vie privée n'a, en réalité, pas rompu avec les représentations monarchiques</em> ».</p> <p>Résultat, les épouses des présidents de la IIIᵉ République se retrouvent dans une situation que Joëlle Chevé qualifie de « <em>quasi schizophrénique, entre nostalgie monarchique, égalitarisme démocratique et antiféminisme structurel</em> ». Elles sont sommées d'incarner un idéal féminin pour toutes les Françaises, entre la reine que la République semble toujours rêver d'avoir et la ménagère dont elle ne veut pas se passer. Huit d'entre elles affrontent ce dilemme entre 1871 et 1914. Ce sont elles, écrit Joëlle Chevé, « <em>les premières à inventer la fonction</em> ».</p> <h2>Des ménagères sous les ors de la République</h2> <p>Les « présidentes » de la IIIᵉ République, c'est le titre qu'on leur donnait alors, en féminisant simplement le grade de leur mari, n'ont aucun statut officiel. La loi ne les reconnaît pas. La Constitution ne les mentionne pas. Et pourtant leur rôle est immense : elles organisent les réceptions, représentent la <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/france/" class="gtm-add-suggested-tag">France</a></strong> devant les souverains étrangers, gèrent le protocole d'un palais qui doit rivaliser avec les cours d'Europe.</p> <p>Joëlle Chevé montre que la presse les scrute sans merci. Coralie Grévy ou Marie-Louise Loubet sont vilipendées par la presse, qui estime qu'elles « <em>ridiculisent la République par l'indigence et la médiocrité domestique de leur conversation</em> ». Henriette Poincaré, en revanche, est saluée comme l'incarnation du patriotisme pendant la Grande Guerre. La Première dame compense, en termes d'image et d'incarnation, ce que la Constitution refuse au président.</p> <h2>Des femmes prises dans l'histoire</h2> <p>La IIIᵉ République est aussi le temps des grandes tragédies. Cécile Carnot, dont le mari Sadi Carnot est assassiné en 1894, et Blanche Doumer, veuve de Paul Doumer tué en 1932, sont les seules Premières dames à avoir connu, selon Joëlle Chevé, de véritables états de grâce dans l'opinion, leur « <em>veuvage pour assassinat de leur mari</em> » étant l'une des rares circonstances où leur existence était publiquement reconnue.</p> <p>La partie consacrée aux années de guerre et à Vichy est particulièrement saisissante. Joëlle Chevé montre comment Marguerite Lebrun, épouse du dernier président de la IIIᵉ République, a refusé de cautionner le régime pétainiste et a choisi l'effacement plutôt que la compromission.</p> <h2>Michelle Auriol, la première « présidente sociale »</h2> <p>La IVᵉ République marque un tournant. Michelle Auriol, épouse du président Vincent Auriol de 1947 à 1954, est la première à construire le rôle de manière délibérée. Joëlle Chevé la décrit comme la première « <em>présidente sociale</em> » : visites d'hôpitaux, soutien aux associations, actions caritatives financées sur le budget présidentiel. Elle utilise aussi la presse et la photographie pour construire l'image d'un couple républicain proche des Fr
Aurore Bergé: «Barbara Butch a été chassée de scène parce qu'elle est juive!»
25 jul 2026, 5:00 · 38 min
<p>Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur les mesures votées pour protéger les enfants, sur son projet de loi contre le racisme et l'antisémitisme, et sur l'affaire Barbara Butch qui a suscité l'indignation.</p> <h2>Violences sexuelles sur mineurs : « une révolution » en marche</h2> <p>Le projet de loi sur la protection de l'enfance a été adopté, le mardi 21 juillet, en première lecture à l'Assemblée nationale. Il prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les violeurs en série de mineurs de moins de quinze ans, ainsi que l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur des enfants. L'examen reprendra en octobre au Sénat.</p> <p>Pour Aurore Bergé, ce texte marque un tournant. « <em>Il y a une révolution qui est en cours sur la question des violences sexuelles faites aux enfants</em> », affirme-t-elle, évoquant le choc suscité dans le pays par le viol et la mort de la petite Lyhanna, fin mai. « <em>On parle de 160 000 enfants qui chaque année subiraient des violences sexuelles</em> », rappelle-t-elle, insistant sur le fait que ces violences ne sont presque jamais le fait d'inconnus. « <em>Ceux qui font du mal à nos enfants sont finalement ceux qui sont supposés le plus les aimer, le plus les protéger</em> ».</p> <p>L'adoption de la perpétuité n'a pourtant rien eu d'évident : une deuxième délibération a même dû être demandée à l'Assemblée après qu'une partie de la gauche s'y était opposée lors d'un premier vote. « <em>Ça m'a à la fois révolté et mise en colère </em>», confie-t-elle. Interrogée sur l'idée de peines à l'américaine comptées en centaines d'années, elle tranche : « <em>Je ne sais pas s'il faut du symbole. Ce qu'il faut, c'est de l'efficacité</em> ».</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-grand-invité-international/20260704-la-question-des-violences-sexuelles-une-problématique-dont-toute-la-société-doit-s-emparer-les-hommes-aussi" class="a-read-more__link">La question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi»</a></p> <h2>Une loi intégrale pour toutes les victimes</h2> <p>Au-delà des enfants, Aurore Bergé défend une « loi intégrale » contre les violences sexuelles, coécrite avec plus de 110 parlementaires et les associations. Le texte, déposé en décembre 2025, doit être redéposé mi-août pour un examen en commission à partir du mois de septembre.</p> <p>Elle y voit une méthode inédite : gouvernement et parlementaires coconstruisent ensemble une proposition de loi. « <em>Ça ne s'est jamais vu, on n'a jamais fait comme ça</em> », souligne-t-elle. L'enjeu dépasse les enfants : « <em>On parle de 340 000 femmes qui, chaque année, subiraient des agressions sexuelles, des violences sexuelles, voire même des viols</em> », précise la ministre, qui rappelle que, <em>« dans neuf cas sur dix, une femme qui subit un viol [...] c'est quelqu'un qu'elle connaît</em> ». Des juridictions spécialisées doivent voir le jour.</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/france/20260602-france-une-loi-intégrale-peut-elle-changer-la-donne-face-aux-violences-sexuelles" class="a-read-more__link">France: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles?</a></p> <h2>Racisme et antisémitisme : une loi de « cohésion républicaine »</h2> <p>Présenté le 9 juillet en Conseil des ministres, le projet de loi de « cohésion républicaine par la lutte contre le racisme et l'antisémitisme » succède à la proposition de Caroline Yadan, retirée en avril après des critiques. Aurore Bergé distingue les inquiétudes sincères de ceux qui, selon elle, « <em>n'avaient pas envie qu'on parle de la lutte contre l'antisémitisme</em> » et ont instru
Nadège Abomangoli : « Le racisme est le déterminant principal du vote Rassemblement National »
18 jul 2026, 5:00 · 38 min
<p>Députée LFI de la 10è circonscription de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission des Affaires étrangères et première vice-présidente de l'Assemblée nationale, Nadège Abomangoli est l'invitée de Frédéric Rivière dans l'Atelier politique. Elle revient sur le racisme d'État, la guerre au Soudan et la présidentielle de 2027.</p> <h2><strong>« Un racisme d'État »</strong></h2> <p>En avril 2026, Nadège Abomangoli a reçu un courrier raciste reprenant un détournement de <em>Tintin au Congo</em>. Un épisode parmi d'autres pour la première vice-présidente de l'Assemblée, confrontée selon elle à une hostilité récurrente sur les réseaux sociaux.</p> <p>Elle y voit un phénomène plus large que son propre cas. <em>« Une société se lit, s'interprète à partir du global et pas à partir de parcours individuels »</em>, affirme-t-elle, réfutant l'idée que sa propre ascension contredirait l'existence d'un racisme structurel.</p> <p>La députée assume l'expression de « racisme d'État », employée début avril 2026 à Saint-Denis. <em>« Un certain nombre de politiques publiques et l'abandon de ces sujets-là produisent du racisme d'État »</em>, explique-t-elle, citant notamment les difficultés administratives rencontrées par des personnes sans-papiers dans sa circonscription.</p> <p>Sur le projet de loi pour la « cohésion républicaine » porté par la ministre Aurore Bergé, Nadège Abomangoli se montre réservée, pointant son élaboration avec l'ensemble des groupes politiques, Rassemblement national compris. Elle plaide plutôt pour des moyens dans « la prévention, l'éducation, la justice réparatrice et la culture ».</p> <h2><strong>Le Soudan, une guerre qui peine à s'imposer</strong></h2> <p>Membre de la Commission des Affaires étrangères, la députée s'est saisie à plusieurs reprises du conflit <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/soudan/">soudanais</a></strong>, qualifié par l'ONU de l'une des pires crises humanitaires au monde. Pour elle, plusieurs raisons expliquent son faible écho en France : l'éloignement géographique, l'absence de lien francophone, et <em>« une part de négrophobie, ce sont des Noirs qui semblent se tuer entre eux »</em>.</p> <p>Elle rappelle que les Forces de soutien rapide ont longtemps été des interlocuteurs légitimés par la France et l'Europe. « <em>Ce n'est pas une guerre ethnique</em> », insiste-t-elle, mais un conflit de prédation des ressources où s'affrontent des puissances étrangères sur le dos du peuple soudanais.</p> <p>Parmi ses propositions : élargir l'embargo sur les armes, alors que des armes françaises vendues aux Émirats arabes unis ont, selon elle, été retrouvées sur le théâtre des combats, et repenser la diplomatie française vis-à-vis du Tchad, qui accueille une partie des réfugiés soudanais.</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260712-soudan-le-général-al-burhan-projette-de-rester-au-pouvoir-durant-cinq-ans-après-la-guerre" class="a-read-more__link">Soudan: le général al-Burhan projette de rester au pouvoir durant cinq ans après la guerre</a></p> <h2><strong>« Ingérence intérieure » : une notion jugée problématique</strong></h2> <p>La Commission de la culture du Sénat a adopté à l'unanimité, début juillet, un rapport de 56 recommandations sur la régulation de l'information en ligne, introduisant la notion d'« ingérence intérieure » pour désigner des manipulations d'origine française.</p> <p>Nadège Abomangoli s'en méfie. <em>« La notion d'ingérence intérieure me paraît problématique »</em>, juge-t-elle, estimant qu'elle pourrait viser, en creux, certains partis très présents sur les réseaux sociaux, dont La France Insoumise.</p> <p>Pour elle, la véritable ingérence est ailleurs : <em>« C'est l'ingérence intérieure d'un certain nombre de milliardaires qui financent un certain nombre d'événements, qui s'infiltrent parfois dans l'éducation pour promouvoir leur idéologie. »</em></p> <h2><strong>2027
Edwige Diaz : «Nous sommes là pour sauver la France»
11 jul 2026, 5:00 · 38 min
<p>Deux jours après la décision de la Cour d'appel de Paris qui a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen tout en la rendant de nouveau éligible, Edwige Diaz, vice-présidente du Rassemblement national, est l'invitée de L'Atelier politique. La députée de la Gironde revient sur le tournant judiciaire de la semaine et sur le lancement de la campagne présidentielle. Elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>Une décision qui rebat les cartes</strong></h2> <p>Mardi 7 juillet 2026, la Cour d'appel de Paris a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens, tout en réduisant sa peine. Pour Edwige Diaz, deux éléments dominent.</p> <p><em>« Marine Le Pen a retrouvé son éligibilité », </em>souligne-t-elle.<em> « Et nous continuons de penser que Marine Le Pen est innocente. »</em></p> <p>La présidente du RN a aussitôt annoncé se pourvoir en cassation, ce qui la fait redevenir présumée innocente et écarte, selon Edwige Diaz, tout bracelet électronique.</p> <p><em>« Nous avons lancé la campagne présidentielle dès le 7 juillet au soir », </em>précise-t-elle, citant le lancement de la plateforme Marine Le Pen.com.</p> <p>La députée met aussi en avant les premiers sondages réalisés après l'annonce : Marine Le Pen y est créditée de 36% des intentions de vote au premier tour, et donnée gagnante au second tour, notamment face à Jean-Luc Mélenchon ou Édouard Philippe.</p> <p> </p> <h2><strong>Une bataille politique</strong></h2> <p>Interrogée sur les onze années durant lesquelles ce système aurait perduré, elle balaie l'argument.</p> <p><em>« Nous contestons ces accusations », </em>répète-t-elle.<em> « Nous estimons que Marine Le Pen est innocente. »</em></p> <p>Pour la députée, la décision de la Cour n'est qu'un avis parmi d'autres étapes de la procédure.</p> <p><em>« Nous allons utiliser, comme tout justiciable, les moyens qui s'offrent à nous pour faire reconnaître l'innocence que nous estimons être réelle. »</em></p> <p>Elle y voit la marque d'une bataille politique menée par d'autres moyens.</p> <p><em>« Il s'agit d'une affaire politique, une affaire qui a été diligentée par des opposants politiques », </em>estime-t-elle, évoquant des adversaires qui <em>« redoutent de ne pas pouvoir nous faire chuter dans les urnes ».</em></p> <p> </p> <h2><strong>Le pari du calendrier judiciaire</strong></h2> <p>Le caractère suspensif du pourvoi en cassation sur l'exécution de la peine fait débat parmi les juristes. Le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, a annoncé vouloir statuer avant le premier tour de la présidentielle. Une perspective qu'Edwige Diaz refuse d'anticiper.</p> <p><em>« On ne va pas faire de politique juridique fiction pour l'instant », </em>tranche-t-elle, misant sur une décision rendue<em> « dans les délais normaux d'une procédure classique</em> <em>».</em></p> <p>Quant à un éventuel plan de campagne de secours si le pourvoi était rejeté, la députée élude.</p> <p><em>« Elle peut faire campagne, elle n'a pas de bracelet électronique, elle est de nouveau présumée innocente. Donc nous allons faire campagne. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>Un programme qu'elle veut «</strong> <strong>tout prioritaire</strong> <strong>»</strong></h2> <p>Relancée sur les chantiers prioritaires d'un éventuel quinquennat, Edwige Diaz refuse toute hiérarchie.</p> <p><em>« Tout est prioritaire », </em>affirme-t-elle<em>,</em> pointant l'état du pays qu'elle juge « catastrophique ». Elle promet des ministres dotés d'une véritable feuille de route, en opposition à la majorité actuelle : réduction des déserts médicaux pour la Santé, résorption de la dette pour le Budget, retour aux fondamentaux pour l'Éducation nationale.</p> <p>Sur l'équilibre entre les thématiques historiques du RN — immigration et sécurité — et la question sociale, montée en puissance ces dernières années, la députée souligne l'effet du groupe parlementaire de plus de 120 députés.</p> <p><em>« Notre programme
Christopher Weissberg : «Aujourd'hui, les États-Unis ne sont plus un allié»
4 jul 2026, 5:00 · 38 min
<p>Député de la première circonscription des Français de l'étranger, qui couvre les États-Unis et le Canada, Christopher Weissberg est l'invité de l'Atelier politique ce samedi 4 juillet, jour du 250è anniversaire de l'indépendance américaine. Le président du groupe d'amitié France-États-Unis à l'Assemblée nationale dresse un constat sévère de l'état de la démocratie américaine sous la présidence de Donald Trump. Il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>Une histoire familiale sur trois générations</strong></h2> <p>Le grand-père de Christopher Weissberg, Jacques Weissberg, était un soldat de l'armée de l'air américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, installé ensuite à Saranac Lake dans l'État de New York. Le père du député poursuit cette histoire transatlantique, avant que lui-même ne reprenne, en 2010, le café-restaurant familial dans l’État de New-York, qu'il transmettra à ses associés en 2024 pour se consacrer à son mandat.</p> <p><em>« Je suis le fruit de ce qu'est la relation transatlantique »</em>, résume-t-il. Il raconte le parcours de son grand-père, mobilisé après Pearl Harbor, <em>« un homme très à gauche »</em>, ayant quitté son Brooklyn natal pour <em>« aller sauver la vie des Européens »</em> au prix de 85 missions en B52. <em>« C'est quelque chose que je trouve tout à fait admirable »</em>, confie le député.</p> <p>Sur l'héritage philosophique commun entre la France et les États-Unis, hérité des Lumières et de la séparation des pouvoirs de Montesquieu, il se dit <em>« tiraillé »</em> : d'un côté la fierté de cet héritage partagé, de l'autre l'inquiétude de voir <em>« ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis »</em> s'en éloigner si fortement.</p> <p> </p> <h2><strong>Lafayette et Rochambeau, toujours vivants dans la mémoire américaine</strong></h2> <p>Les figures fondatrices de l'amitié franco-américaine restent, selon lui, pleinement ancrées dans le récit national des États-Unis. <em>« Elles font partie du récit national »</em>, assure-t-il, rappelant que les parlementaires américains qu'il reçoit régulièrement considèrent la France comme <em>« The Oldest Ally »</em>, l'allié le plus ancien.</p> <p>Mais cette continuité historique se heurte à une évolution géopolitique. <em>« Le compas a un peu basculé vers l'Est »</em>, observe le député, qui s'interroge : et si Joe Biden avait été <em>« le dernier président profondément européen des États-Unis »</em> ?</p> <p> </p> <h2><strong>Une démocratie américaine sous tension</strong></h2> <p>Sur l'état de la démocratie américaine en ce jour anniversaire, le constat est sans appel. <em>« Je suis consterné »</em>, lâche-t-il. S'il reconnaît l'existence d'une Amérique qui résiste, il s'inquiète du socle de soutien qui reste acquis à <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/donald-trump/">Donald Trump</a></strong>, entre 37 et 40% de la population, en dépit des dérives constatées. <em>« Je suis persuadé que Donald Trump [...] est à l'opposé des valeurs américaines »</em>, affirme-t-il, pointant la fragilisation des contre-pouvoirs : la presse, l'esprit critique, la justice.</p> <p>Sur la portée de ce second mandat, il distingue deux niveaux. <em>« Cette manière personnelle d'incarner le pouvoir [...] est une parenthèse »</em>, estime-t-il, mais le mouvement de fond du conservatisme américain, lui, <em>« a plutôt vocation à rester »</em>. Un mandat de <em>« toute-puissance</em> », selon ses mots, où les contre-pouvoirs institutionnels, Congrès, Cour suprême, peinent à freiner l'exécutif.</p> <p> </p> <h2><strong>Le quotidien bouleversé des Français des États-Unis</strong></h2> <p>Sur le terrain, le député constate des changements profonds parmi ses compatriotes expatriés. <em>« Pour la première fois de leur vie, au lieu de se sentir expatriés [...] ils se sentent immigrés »</em>, rapporte-t-il. Certains n'osent plus s'exprimer sur les réseaux sociaux par crainte des contrôles douaniers, d'autres perdent leur emploi ou leur visa, nota
Sarah Legrain : «La canicule est politique !»
27 jun 2026, 5:00 · 38 min
<p>Députée LFI de Paris, vice-présidente de la Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation à l’Assemblée nationale, Sarah Legrain défend une vision globale de la crise climatique : politique dans ses causes, elle appelle à une planification écologique ambitieuse et à des mesures d’urgence immédiates. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <p> </p> <h2><strong>La canicule, un phénomène politique avant tout</strong></h2> <p>Face à l’épisode de chaleur extrême qui frappe la France, Sarah Legrain refuse toute lecture fataliste. Pour elle, la canicule n’est pas un simple phénomène naturel : c’est le résultat direct de choix politiques et économiques.</p> <p> </p> <p><em>« C’est pas juste pour essayer de ramener tout à la politique, c’est que la science montre que ce que nous vivons n’est pas de l’ordre naturel des choses, mais est lié aux activités humaines et donc aux activités politiques »</em>, estime-t-elle.</p> <p>À ses yeux, la responsabilité politique se situe précisément dans la volonté, ou l’absence de volonté, de prendre en compte ce phénomène. Elle pointe une part <em>« énorme »</em> de la classe politique qui demeure dans le déni climatique, alors que le changement est, selon elle, <em>« irréversible et d’ores et déjà engagé »</em>. Sans réponse aux modes de production et de consommation, dit-elle, aucune solution durable n’est possible.</p> <p> </p> <h2><strong>Des mesures d’urgence pour protéger les travailleurs et les plus vulnérables</strong></h2> <p>Sarah Legrain défend un plan canicule détaillé, conçu bien avant cet épisode. Il prévoit l’équipement des écoles, EHPAD et hôpitaux en climatiseurs, la création d’îlots de fraîcheur et une protection renforcée des travailleurs exposés.</p> <p> </p> <p>Sur ce dernier point, Sarah Legrain s’indigne de la position gouvernementale : <em>« Ce n’est pas acceptable de continuer à <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/emploi-et-travail/">faire bosser des gens</a></strong> sur des chantiers à 40 degrés »</em>. Elle évoque le ministre des Transports qui, selon elle, dénonce un jour les risques d’une température maximale légale pour l’économie, et s’étonne le lendemain qu’un chauffeur de bus ait eu à travailler sous cette chaleur.</p> <p>Pour Sarah Legrain, l’inaction a un coût : <em>« Il y a un coût du malheur. Les gens qui vont tomber malades, les gens qui vont mourir »</em>. Elle appelle le gouvernement à activer sans attendre un projet de loi de finances rectificative pour débloquer les crédits nécessaires.</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/france/20260626-canicule-le-ministère-de-la-santé-préoccupé-par-des-décès-à-domicile-à-travers-la-france" class="a-read-more__link">Canicule: le ministère de la Santé «préoccupé» par des «décès à domicile» à travers la France</a></p> <h2><strong>La planification écologique, réponse structurelle à la crise</strong></h2> <p>Sur la question de fond, Sarah Legrain revendique une longueur d’avance : LFI porte la <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/environnement/">planification écologique</a></strong> depuis 2012. <em>« À l’époque, les gens montaient sur leurs grands chevaux. Planification. Staline »</em>, rappelle-t-elle avec ironie.</p> <p> </p> <p>Concrètement, son programme prévoit la rénovation thermique de l’ensemble du bâti à hauteur de cinq milliards d’euros par an, le développement accéléré des énergies renouvelables, et la sortie programmée du nucléaire. Sur ce dernier point, Sarah Legrain considère que le nucléaire devient, dans un contexte de réchauffement global, une énergie <em>« toujours plus dangereuse et toujours plus inefficace »</em>.</p> <p>Elle déplore par ailleurs les pertes de temps accumulées sous la <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/emmanuel-macron/">Macronie</a></strong> : <em>« Ces dix dernières années nous ont m
Pascale Piera : «La justice vit dans une pénurie de moyens que les gens n’imaginent pas»
20 jun 2026, 5:00 · 38 min
<p>Avocate pendant 10 ans, magistrate pénaliste pendant vingt ans, députée européenne du Rassemblement national depuis juin 2024, Pascale Piera siège à la Commission des Affaires juridiques du Parlement européen. Dans cet entretien accordé à L’Atelier politique, elle livre son diagnostic sur l’état de la justice française qui, selon elle, manque gravement de moyens. Elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>L’affaire Lyhanna, révélatrice d’un système à bout</strong></h2> <p>La mort de Lyhanna, enfant de onze ans, a provoqué une onde de choc en France. Pour Pascale Piera, cette affaire est <em>« la chronique d’un désastre qui était annoncé depuis plusieurs années »</em>. Elle y voit un révélateur des failles structurelles d’une institution en souffrance.</p> <p>La députée européenne refuse néanmoins de réduire la tragique affaire à des défaillances individuelles. Selon Pascale Piera, on ne peut pas examiner d’éventuelles fautes sans adopter un regard d’ensemble sur les conditions de travail des magistrats et des services d’enquête. Pour elle, la justice est comme un tuyau auquel il faut un point d’entrée et un point de sortie, mais qui finit par dysfonctionner entièrement quand il est trop étroit.</p> <p>La prise de conscience collective que l’affaire a suscitée, Pascale Piera s’en félicite. Mais il faut, dit-elle, que : <em>« que la prise de conscience soit suivie d’actes »</em>.</p> <p> </p> <h2><strong>La parole des enfants : un exercice « extrêmement délicat »</strong></h2> <p>Sur la question de la prise en compte de la parole des enfants dans les procédures judiciaires, Pascale Piera reconnaît les avancées accomplis en France depuis plusieurs années. Des dispositifs spécialisés, comme la procédure Mélanie qui prévoit des enquêteurs formés et des auditions adaptées au rythme de l’enfant, témoignent, selon elle, d’efforts réels.</p> <p>Pour autant, Pascale Piera souligne la complexité intrinsèque de cet exercice. L’enfant ne répond pas toujours aux questions, est sensible au moment de l’interrogatoire et peut être perturbé par les interactions familiales. <em>« Il est parfois difficile de faire la part des choses entre ce que l’enfant entend dire et ce qu’il dit lui-même »</em>, note-t-elle. Un terrain qu’elle juge <em>« très, très complexe »</em> et qui justifie, à ses yeux, des moyens encore accrus.</p> <p> </p> <h2><strong>65% de défiance : un signal politique immédiat</strong></h2> <p>Un sondage Elabe, publié une dizaine de jours après la mort de Lyhanna, établissait que 65% des Français ne font pas confiance à la justice française, le niveau le plus bas depuis la création de cet indicateur en 2019. Pour Pascale Piera, il est impératif de tenir compte de ce chiffre. Pour elle, ce niveau de défiance est inadmissible dans un pays où le peuple français est profondément attaché au rôle de la justice dans le rapport social. Pascale Piera rappelle que cet attachement est ancré dans l’histoire de France, de Saint-Louis à Charles IX. Elle est catégorique : <em>« il ne faut plus que ça perdure »</em>.</p> <p> </p> <h2><strong>Lenteur, peines non exécutées : des critiques fondées</strong></h2> <p>Parmi les griefs les plus fréquemment adressés à la justice : la lenteur des procédures. Un problème <em>« majeur »</em>, dit-elle, qui n’a rien à voir avec la nonchalance mais relève d’un manque de moyens criant. Elle cite l’exemple emblématique des procédures civiles relatives à la garde d’enfant, où des mois d’attente exposent des familles à des risques concrets.</p> <p>Le décalage entre les peines prononcées et les peines exécutées est, lui aussi, confirmé par Pascale Piera comme une source d’incompréhension pour la population. Elle pointe, en particulier, l’institution du juge de l’application des peines, qu’elle qualifie de <em>« problème »</em> pour la chaîne pénale. À ses yeux, le fait qu’un nouveau magistrat redéfinisse les modalités d’une peine déjà prononcée édulcore le message de la sanction et heurte la s
Ayda Hadizadeh : «Le peuple iranien a tout pour construire une grande démocratie»
13 jun 2026, 5:00 · 38 min
<p>Députée socialiste du Val-d’Oise, Ayda Hadizadeh est une voix très engagée à l’Assemblée nationale sur deux fronts : la situation en Iran et la protection de l’enfance en France. Présidente du Groupe d’amitié France-Iran, elle analyse la consolidation du régime des Gardiens de la Révolution après l’offensive américano-israélienne, et défend sa proposition de loi garantissant à chaque enfant placé le droit à un avocat. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <p> </p> <h2><strong>L’Iran après la guerre : le régime renforcé, le peuple oublié</strong></h2> <p>Le cessez-le-feu entre l’Iran, les États-Unis et Israël n’a pas affaibli le pouvoir de Téhéran, bien au contraire. Selon Ayda Hadizadeh, ce n’est pas l’Iran qui sort renforcé de l’épreuve : c’est le régime, et plus précisément le Corps des gardiens de la Révolution islamique. <em>« Certains spécialistes disent même qu’il ne faut plus parler de régime des mollahs »</em>, rappelle-t-elle.</p> <p>À ses yeux, l’agression américano-israélienne, qu’elle dénonce comme illégale au regard du droit international, a produit un effet pervers : elle a offert une assurance vie aux dirigeants du régime. Pire, l’accord en cours de négociation ne prévoit aucune avance pour les libertés civiles. <em>« L’accord qui est en négociation ne prévoit aucunement plus de liberté pour le peuple iranien, ne prévoit pas que les prisonniers politiques en Iran soient libérés »</em>.</p> <p>Elle pointe également la responsabilité de Donald Trump dans la dégradation du rapport de forces. En déchirant l’accord nucléaire de 2015 sous pression israélienne, il a signalé à Téhéran qu’il pouvait menacer 20% de l’économie mondiale en contrôlant le détroit d’Ormuz. <em>« Merci à Donald Trump et à son ego démesuré de nous avoir mis dans cette situation »</em>, lâche-t-elle.</p> <p> </p> <h2><strong>Une théocratie de façade, une mafia de fond</strong></h2> <p>Pour Ayda Hadizadeh, qualifier l’Iran de théocratie est une simplification qui masque la réalité. Il s’agit, selon elle, d’un régime mafieux aux mains d’une oligarchie qui se sert de la religion comme outil de pouvoir et de distribution des privilèges. Le Corps des gardiens de la Révolution contrôle désormais la majorité de l’économie iranienne.</p> <p>Elle cite en exemple une vidéo largement diffusée en Iran avant les manifestations de janvier 2026 : le mariage de la fille d’un haut dignitaire des gardiens, où hommes et femmes célébraient ensemble, les femmes non voilées et décolletées. Le message avait fait l’effet d’une bombe. <em>« Ils nous tuent, ils tuent nos enfants pour une mèche de cheveux dévoilée et regardez eux dans quelle corruption ils se vautrent »</em>, résumait le sentiment populaire.</p> <p>Elle estime que ce système ne pourra pas durer. Contrairement à la Chine, le régime iranien n’a pas réussi à apporter de la croissance économique : <em>« Il n’y a pas de liberté d’expression, il n’y a pas de liberté des mœurs, il n’y a pas de croissance économique »</em>. Dans ces conditions, la désagrégation lui paraît inévitable.</p> <p> </p> <h2><strong>Le voile arraché de haute lutte</strong></h2> <p>Sur la question du voile, Ayda Hadizadeh observe une transformation irréversible. Les Iraniennes ont imposé dans les faits une liberté que le régime n’a pu reprendre. <em>« On ne peut pas mettre 50% d’une population en prison »</em>, souligne-t-elle. Aujourd’hui, dit-elle, dans les grandes villes et très majoritairement à Téhéran, les femmes circulent dévoilées.</p> <p>Signe de la profondeur du changement : durant la guerre, le régime lui-même a mis en scène des femmes dévoilées pour illustrer l’unité nationale. Ayda Hadizadeh n’y voit pas un assouplissement idéologique, mais la preuve que les gardiens savent désormais que tout retour en arrière serait une <em>« cocotte minute »</em> prête à exploser.</p> <p>Pour soutenir les forces d’opposition, Ayda Hadizadeh présidera un rassemblement à l’Assemblée nationale le
Bastien Lachaud : «On ne va pas avoir de chars russes sur les Champs-Élysées»
6 jun 2026, 5:00 · 38 min
<p>Député LFI de Seine-Saint-Denis, membre de la Commission de la défense nationale, Bastien Lachaud est l’invité de L’Atelier politique. « Nouvelle France », crise calédonienne, budget militaire, Ukraine : il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>La « Nouvelle France » : un projet politique, pas une essence</strong></h2> <p>Pour Bastien Lachaud, la France n’a pas de nature éternelle. Elle est une construction politique, faite de couches historiques successives. <em>« L’essentialisation de la France est un racialisme. Quel est le pays qui a connu cinq républiques, deux empires, trois monarchies, un régime autoritaire en deux siècles ? Aucun. Nous sommes une construction politique. »</em></p> <p>La France de 2026, explique-t-il, est à 80% urbaine contre 55% en 1958. Presque toutes les femmes y travaillent. Elle intègre des générations issues de l’immigration postcoloniale. Cette transformation, estime Bastien Lachaud, appelle une refonte institutionnelle.</p> <p><em>« Un Français de 2026 n’a pas les mêmes aspirations qu’un Français de 1958. Il ne veut pas les mêmes institutions. Nous avons besoin d’une Constituante pour donner à cette Nouvelle France les institutions qui lui vont bien. »</em></p> <p>La Nouvelle France est aussi un projet économique. Bastien Lachaud plaide pour un investissement massif dans le quantique, le spatial, les fonds marins, la santé. <em>« La Nouvelle France doit être une puissance qui investit dans les nouvelles technologies de l’avenir et qui aura une influence sur la marche du monde. »</em></p> <h2><strong>« Une France blanche et chrétienne n’a jamais existé »</strong></h2> <p>La présidente du groupe LFI Mathilde Panot a affirmé que l’extrême droite « <em>fantasme une France qui n’existe pas et qui n’a jamais existé, une France blanche et chrétienne</em> ». Bastien Lachaud, ancien professeur d’histoire, défend cette lecture.</p> <p>L’unité religieuse de l’Ancien Régime était, selon lui, une unité imposée par la violence. <em>« Les Juifs étaient persécutés, les protestants avaient été massacrés lors de la Saint-Barthélémy. Quand on regarde les guerres de religion, on ne peut pas dire que la France était catholique et que tout le monde en était ravi. »</em></p> <p>C’est la Révolution française qui a produit une France politique unifiée, dit-il, notamment en accordant aux Juifs les mêmes droits qu’aux autres citoyens. Le récit national homogène est, à ses yeux, une construction de la Troisième République, motivée par la volonté de récupérer l’Alsace et la Lorraine. <em>« Si on regarde les travaux des historiens sérieux, on voit bien que tout ça est bien plus complexe. »</em></p> <h2><strong>Corps préfectoral : une plainte, une caractérisation politique</strong></h2> <p>En avril 2026, Bastien Lachaud publiait un texte accusant le corps préfectoral d’être « <em>gangrené par l’idéologie xénophobe, islamophobe et raciste</em> ». L’Association du corps préfectoral a déposé une plainte pour diffamation et injure.</p> <p>Il justifie sa diatribe par la réalité du terrain. Des étrangers en situation régulière, installés en France depuis vingt ans, pères et mères de famille français, sont dans l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour renouveler leurs titres de séjour.</p> <p><em>« Leurs titres de séjour arrivent à expiration, ils perdent leur emploi. Juste parce que la préfecture n’a pas donné le rendez-vous pour renouveler le titre de séjour. Vous trouvez que c’est normal ? »</em></p> <p>Bastien Lachaud qualifie ses propos de caractérisation politique, et non de diffamation. Il dénonce par ailleurs ce qu’il décrit comme une judiciarisation croissante visant les élus de la gauche radicale.</p> <p><em>« Jean-Luc Mélenchon, Aurélien Taché, Paul Vannier ont été attaqués en justice par des préfets. Depuis quand des préfets attaquent en justice des parlementaires qui font de la caractérisation politique ? »</em></p> <h2><strong>Nouvelle-Calédonie : une commission d’enquête bloqu
Bruno Le Maire : «Le modèle français est devenu un anti-modèle»
30 may 2026, 5:00 · 38 min
<p>Ancien ministre de l’Économie et des Finances de 2017 à 2024, Bruno Le Maire publie aux éditions Gallimard <em>Le temps d’une décision</em>, un essai sur la paralysie de l’État, l’urgence de réformer le modèle français et l’avenir de l’Europe. Invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <p> </p> <h2><strong>La monarchie technocratique en accusation</strong></h2> <p>Bruno Le Maire se décrit lui-même comme « un pur produit » du système qu’il entend dénoncer. Il y voit une exigence de lucidité. Le diagnostic qu’il pose dans son livre est implacable : l’État français ne fonctionne plus.</p> <p><em>« Le fonctionnement de l’État autour des hauts fonctionnaires ne donne pas les résultats que les Français sont en droit d’attendre. On ne sait plus qui fait quoi. Plus personne n’est responsable de rien. »</em></p> <p>La formule qu’il emploie dans le livre est sévère. Bruno Le Maire dénonce une « <em>monarchie technocratique</em> », incarnation d’un pouvoir confisqué par des personnes qui n’ont de comptes à rendre à personne.</p> <p><em>« J’appelle monarchie technocratique cette ambiance de cour où des cloportes, jamais élus, jamais confrontés au peuple, jamais sortis du cocon de leurs certitudes, exercent un pouvoir de nuisance sans limites parce qu’ils nichent dans la bonne aile du palais. »</em></p> <p>Pour Bruno Le Maire, la solution passe par une réforme radicale du recrutement et de l’organisation des élites. Il plaide pour une direction de l’État ouverte aux chefs d’entreprise, aux scientifiques, aux professionnels du privé, nommés pour des mandats limités. Il réclame également que les ministres retrouvent une autorité pleine et entière sur leur administration.</p> <p><em>« La haute fonction publique doit être indépendante. Son recrutement doit être infiniment plus varié qu’il ne l’est aujourd’hui. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>La dette : une scène fondatrice</strong></h2> <p>Bruno Le Maire a choisi d’ouvrir son livre par une anecdote personnelle. À Chamonix, un homme l’interpelle violemment : il refuse de lui serrer la main, lui reproche d’avoir « <em>ruiné nos enfants</em> » et lui conseille de se mettre <em>« la tête dans un trou de golf ».</em></p> <p><em>« La vie politique, c’est beaucoup de cicatrices, c’est des réussites et c’est beaucoup d’échecs. Le rétablissement des comptes, je n’y suis pas arrivé, malgré tous les efforts que j’ai pu faire, toutes les décisions difficiles que j’ai pu prendre. »</em></p> <p>Bruno Le Maire retrace l’entretien de près d’une heure qu’il a eu avec cet homme. Il y voit le révélateur d’un problème structurel, non d’une responsabilité individuelle.</p> <p><em>« Depuis que je suis parti, la dette a augmenté de 250 milliards d’euros. Donc, si ça se trouve, le problème, ce n’est pas Bruno Le Maire. C’est un problème systémique d’accroissement de la dette depuis 40 ans dans notre pays. »</em></p> <p>Sur la trajectoire à suivre, Bruno Le Maire est net : ni augmentation des impôts, ni abandon de la réforme des retraites. Il plaide pour une refondation du modèle social, de la santé et de la retraite.</p> <p><em>« Soit vous refondez le modèle de protection sociale, soit je veux peser mes mots, nous irons droit dans le mur. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>La décision confisquée</strong></h2> <p>Le fil conducteur du livre est l’érosion de la capacité à décider. Bruno Le Maire tire ce constat de trente ans de vie publique.</p> <p><em>« La décision est l’essence de la politique. Elle est devenue le talon d’Achille des démocraties. »</em></p> <p>Bruno Le Maire illustre ce diagnostic par l’exemple d’une retenue collinaire en Lot-et-Garonne : le président de la République avait donné son accord, le ministre de l’Agriculture aussi. Un an plus tard, rien n’avait bougé.</p> <p><em>« Comme tout le monde décide de tout, plus personne n’est responsable de rien. Voilà exactement la situation de l’organisation de la vie politique en France. »</em></p> <p>Face à ce constat, Bru
Sandro Gozi: «Il faut construire une union de la défense à l’intérieur de l’Union européenne»
16 may 2026, 5:00 · 38 min
<p>Sandro Gozi, député européen du groupe Renew, secrétaire général du Parti démocrate européen et depuis peu conseiller de Paris, est l’invité de <em>L’Atelier politique</em>, il répond aux questions de Frédéric Rivière sur les grands défis du moment : la santé publique, la protection des mineurs en ligne, la souveraineté numérique, la défense européenne et les échéances politiques de 2027.</p> <h2><strong>La santé, parent pauvre de l’intégration européenne</strong></h2> <p>La <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/france/20260514-hantavirus-en-france-l-exécutif-sous-pression-sur-sa-gestion-du-risque-sanitaire">réapparition du hantavirus en Europe</a></strong> a remis sur le devant de la scène la question de la coordination sanitaire entre les États membres. Pour Sandro Gozi, des progrès réels ont été accomplis depuis la crise du Covid-19, mais ils restent insuffisants.</p> <p>«<em> On est mieux équipé maintenant qu’à l’époque du Covid-19, mais je crois que la santé mériterait des réformes encore plus importantes au niveau européen. </em>»</p> <p>«<em> L’Union européenne a d’ores et déjà renforcé l’échange de données de santé entre États membres, encouragé la relocalisation de la production de médicaments et harmonisé les conditions de libre circulation des patients. La Commission européenne a également présenté un plan de six milliards d’euros pour renforcer les capacités de prévention et de coordination en cas de pandémie. </em>»</p> <p>Mais pour aller plus loin, et notamment instaurer un ministre européen de la Santé doté de pouvoirs réels, Sandro Gozi rappelle que cela supposerait de réviser les traités. En l’état actuel du droit européen, la santé reste une compétence essentiellement nationale.</p> <p>«<em> Il y a une dimension transfrontalière, transnationale, de la santé qui mériterait des règles et une action beaucoup plus forte au niveau européen. Cela devrait être au moins une compétence partagée. </em>»</p> <h2><strong>Réseaux sociaux : l’Europe sous pression</strong></h2> <p>La protection des mineurs en ligne constitue un autre chantier prioritaire pour Sandro Gozi. La Commission européenne prépare une interdiction d’accès aux <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/réseaux-sociaux/">réseaux sociaux</a></strong> pour les plus jeunes, avec des sanctions pouvant atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel des plateformes qui ne respecteraient pas les règles.</p> <p>«<em> </em><em>Le fait que la Commission commence à bouger. C’est un grand succès, notamment de la France.</em> »</p> <p>Sandro Gozi salue l’initiative française d’avoir légiféré au niveau national, ce qui a poussé Bruxelles à agir. Il rappelle que le Digital Services Act prévoit déjà des sanctions significatives, et qu’une obligation de transparence des algorithmes a été imposée aux plateformes.</p> <p>« <em>Maintenant, les autorités publiques, les chercheurs peuvent ouvrir ces boîtes noires et regarder comment ça se passe. </em>»</p> <p>Au-delà des règles, Sandro Gozi insiste sur la nécessité d’une éducation numérique des mineurs et des parents. Il dénonce le modèle économique des plateformes, conçu pour favoriser la viralité des contenus offensifs et haineux.</p> <p>«<em> C’est vraiment un fléau numérique, ce qui se passe avec la santé mentale de nos enfants. Un fléau. </em>»</p> <h2><strong>Souveraineté numérique : résister aux pressions américaines</strong></h2> <p>La question de la régulation numérique dépasse, pour Sandro Gozi, le simple cadre technique : elle constitue un enjeu de souveraineté. Et les pressions ne manquent pas. L’administration américaine, sous l’impulsion de <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/donald-trump/" class="gtm-add-suggested-tag">Donald Trump</a></strong>, multiplie les interventions auprès des institutions européennes pour obtenir l’abandon ou le non-respect des législations numériques adoptées par l’Union.</p> <p>«<em> Les faits que l’administration américain
Julien Odoul: «Ce ne sont pas les mollahs qui fixent le taux de TVA sur les carburants»
9 may 2026, 5:00 · 38 min
<p>Député Rassemblement national de la troisième circonscription de l’Yonne et membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, Julien Odoul est l’invité de l’Atelier Politique. À moins d’un an de la présidentielle, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>Mélenchon, locomotive indésirable</strong></h2> <p>Jean-Luc Mélenchon vient de confirmer sa candidature à l’élection présidentielle. Pour Julien Odoul, c’est une menace :</p> <p><em>« Je vois en lui surtout une idéologie, un modèle de société extrêmement dangereux pour notre pays »</em>. Il reconnaît cependant que le leader de la France insoumise dispose de qualités rares à gauche : savoir tenir une campagne, réveiller un électorat, avancer des idées.</p> <p><em>« Mélenchon, malheureusement, sera toujours la locomotive de la gauche et de l’extrême gauche »</em>, constate Julien Odoul. Il interprète la candidature hâtive du leader de LFI comme une manœuvre pour couper l’herbe sous le pied au « courant racialiste » de son propre parti, incarné selon lui notamment autour de figures comme Bally Bagayoko ou Rima Hassan.</p> <p class="a-read-more"><span class="a-read-more__label">À lire aussi</span><a href="https://www.rfi.fr/fr/france/20260503-france-jean-luc-mélenchon-officialise-sa-candidature-à-la-présidentielle-2027" class="a-read-more__link">France: Jean-Luc Mélenchon officialise sa candidature à la présidentielle 2027</a></p> <h2><strong>Marine Le Pen ou Jordan Bardella : deux candidats, un seul choix</strong></h2> <p>Sur la question de la candidature à la présidentielle au sein du Rassemblement national, Julien Odoul refuse de trancher :</p> <p><em>« On a la chance d’avoir deux candidats très préparés</em>. » Il reconnaît que Marine Le Pen bénéficie de l’expérience accumulée lors de trois campagnes présidentielles. Mais il défend Jordan Bardella avec conviction, mettant en avant son parcours : responsable départemental très jeune, président des jeunes, tête de liste aux Européennes, désormais président du Rassemblement national.</p> <p><em>« Il a surtout une qualité que n’ont pas les autres : l’amour du peuple français »</em>, affirme Julien Odoul.</p> <h2><strong>Politique étrangère : la fin de la naïveté</strong></h2> <p>Julien Odoul imagine sans hésitation Jordan Bardella faire face à Donald Trump ou Vladimir Poutine. Il écarte le scénario d’une France qui s’écraserait.</p> <p><em>« Il défendra bec et ongles les intérêts de la France, les intérêts stratégiques, les intérêts économiques, les intérêts commerciaux. »</em> Il décrit la France actuelle comme « <em>l’idiot du village mondial, celle qui reçoit les gifles et qui dit merci</em> ». La rupture revendiquée est présentée comme un retour à la tradition gaullienne, selon lui enterrée par les présidents successifs et, plus particulièrement, par Emmanuel Macron.</p> <p><em>« À aucun moment, il n’y aura ni d’influence ni de soumission envers qui que ce soit »</em>, tranche Julien Odoul.</p> <h2><strong>Pouvoir d’achat : la TVA comme arme électorale</strong></h2> <p>Sur le terrain économique, Julien Odoul place le pouvoir d’achat au cœur de la prochaine campagne. Il cible directement la politique fiscale du gouvernement français sur les carburants.</p> <p><em>« Ce ne sont pas les mollahs qui fixent le taux de TVA, c’est le gouvernement français. »</em> Il cite en exemple l’Espagne, où une TVA à 10% sur l’essence maintient le prix autour de 1,50 € le litre. La proposition du Rassemblement national est précise : ramener la TVA de 20% à 5,5% sur toutes les énergies — carburants, fioul, électricité, gaz.</p> <p><em>« Ce qui rend en moyenne 150 à 200 € de pouvoir d’achat par mois à chaque ménage »</em>, avance Julien Odoul. Il réfute l’argument selon lequel cette mesure profiterait aussi à ceux qui n’en ont pas besoin : selon lui, les premiers concernés sont les travailleurs — infirmières libérales, agriculteurs, routiers — qui dépendent de leur véhicule chaque jo
Sandrine Rousseau: «Parce qu’elle est subversive par nature, l’écologie ne sera jamais respectable»
2 may 2026, 5:00 · 38 min
<p>Figure de l’écologie radicale et féministe, Sandrine Rousseau est députée écologiste de Paris. Elle vient de publier <em>Tu nuis à la cause</em> aux éditions La Meute, un essai dans lequel elle défend la radicalité comme condition du progrès. Invitée de <em>L’Atelier politique</em>, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>Crise énergétique : le blocage des prix comme réponse immédiate</strong></h2> <p>La flambée des prix des carburants, consécutive au conflit en <strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/iran/" class="gtm-add-suggested-tag">Iran</a></strong>, place des millions de Français dans une situation intenable. Pour Sandrine Rousseau, la réponse est sans ambiguïté.</p> <p>«<em> La seule mesure efficace à très court terme est très facile à mettre en place, c’est le blocage des prix »</em>, affirme-t-elle. <em>« On se dit qu’il est très urgent de limiter cette espèce de spéculation à la hausse du prix du pétrole, qui finit par une baisse conséquente de la capacité à vivre des gens.</em> »</p> <p>Sandrine Rousseau pointe l’inaction des pouvoirs publics depuis la précédente crise pétrolière, au moment de l’invasion russe en <strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/ukraine/" class="gtm-add-suggested-tag">Ukraine</a></strong>. Rien n’a bougé sur l’isolation des logements, sur la mobilité non carbonée, sur le développement du télétravail. Les professionnels dépendant d’un véhicule thermique — aides à domicile, infirmières, livreurs — paient le prix de cette inertie.</p> <h2><strong>Terres rares : l’illusion du tout-électrique</strong></h2> <p>Faut-il simplement remplacer la voiture à essence par une voiture électrique ? Sandrine Rousseau s’y refuse. Elle prend une position qui la distingue, dit-elle, de la ligne officielle de son propre parti.</p> <p>« <em>Je pense qu’il est totalement illusoire de dire aux gens qu’on va remplacer leur voiture par une autre voiture qui fonctionnera différemment et que rien d’autre ne changera.</em> » Elle cite la course aux terres rares, dont la <strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/chine/" class="gtm-add-suggested-tag">Chine</a></strong> concentre une large part de l’extraction et du raffinage, et rappelle que Trump a parlé de conquérir le <strong><a href="https://www.rfi.fr/fr/tag/groenland/" class="gtm-add-suggested-tag">Groenland</a></strong> précisément pour cette ressource.</p> <p>« <em>On doit penser nos modes de vie de manière différente, et ce n’est pas juste une espèce de substitution d’un bien par un autre qui va nous permettre de sortir de la crise</em> », insiste Sandrine Rousseau.</p> <h2><strong>La mobilité, bien public : le modèle de l’après-guerre</strong></h2> <p>Pour les zones rurales, Sandrine Rousseau défend une vision : faire de la mobilité un service public universel, sur le modèle de l’électrification d’après-guerre.</p> <p>« <em>Après la guerre, on a décidé qu’il fallait que toutes les maisons aient accès à l’électricité, au téléphone. On a fait des services publics parce qu’on savait que ça coûterait très cher.</em> » Elle plaide pour un « État stratège », capable d’investir jusqu’aux territoires les plus isolés.</p> <p>Sandrine Rousseau rejette l’idée que l’écologie serait ennemie de la liberté. Elle prend l’exemple des femmes victimes de violences en milieu rural, souvent privées de véhicule par leur conjoint : un service public de transport leur offrirait une voie d’émancipation concrète.</p> <h2><strong>Présidentielle 2027 : une explosion sociale en prévision</strong></h2> <p>L’élection présidentielle se profile à moins d’un an. Sandrine Rousseau anticipe un choc social inédit.</p> <p>«<em> Cette situation internationale va générer une inflation terrible en France, et l’inflation est insupportable pour une partie de la population qui, déjà, n’avait pas de quoi manger pendant tout le mois.</em> » Elle observe que la crise touche désormais les classes moyennes : un enseignant, dit-elle, n’a plus les moyens de partir en vacances.</p>
Erwan Balanant: «Tout ce qui constitue l’État de droit n’est ni de droite ni de gauche»
25 abr 2026, 5:00 · 38 min
<p>Député MoDem du Finistère depuis 2017, Erwan Balanant est un parlementaire très actif sur les questions de protection de l’enfance, de liberté de création et de régulation numérique. Auteur de la loi de 2022 sur le harcèlement scolaire, rapporteur de la commission d’enquête sur les violences dans le monde de la culture, il revient sur ses combats législatifs et propose son analyse sur l’état de la démocratie. Invité de L’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>Le harcèlement scolaire : des avancées rattrapées par les réseaux</strong></h2> <p>Cinq ans après la remise de son rapport parlementaire sur le <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/podcasts/reportage-france/20250309-mon-fils-avait-peur-des-représailles-quand-le-professeur-harcèle-l-élève">harcèlement scolaire</a></strong>, Erwan Balanant dresse un bilan contrasté. La loi qui porte son nom a donné pour la première fois une définition légale au phénomène, et une prise de conscience a gagné une partie de la société. Mais le député finistérien considère que les progrès réalisés ont été réduits par la montée en puissance des algorithmes.</p> <p>Erwan Balanant pointe en particulier la dimension continue du harcèlement en ligne, qui prive les victimes de tout répit : <em>« Quand vous étiez harcelé à l’école, une fois que vous étiez chez vous, vous aviez un certain répit. Aujourd’hui, les enfants n’ont aucun répit. »</em></p> <h2><strong>La régulation des plateformes : l’espace numérique soumis aux mêmes règles</strong></h2> <p>Pour Erwan Balanant, la solution n’est pas uniquement répressive. Elle implique une réforme profonde du cadre juridique applicable aux grandes plateformes. Il établit une comparaison directe avec l’espace public physique : dans la rue, l’anonymat de fait n’exclut pas la responsabilité pénale. Il en déduit que la même logique doit s’appliquer en ligne.</p> <p><em>« L’espace public <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/numérique/">numérique</a></strong> doit avoir les mêmes règles que l’espace public. Pour moi, c’est simple, et si on fait ça, on arrivera à réguler. »</em></p> <p>Erwan Balanant plaide pour que les plateformes assument une responsabilité éditoriale comparable à celle d’un directeur de publication. Il estime que l’espace numérique est aujourd’hui <em>« régulé par les algorithmes et par la finance »</em>, ce qui constitue selon lui un problème de fond pour la démocratie.</p> <h2><strong>Violences dans la culture : 17 mesures législatives en préparation</strong></h2> <p>Rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20251029-violences-de-genre-dans-les-arts-et-la-culture-de-la-nécessité-de-mobiliser-la-recherche-internationale">violences dans le monde de la culture</a></strong> aux côtés de Sandrine Rousseau, Erwan Balanant annonce la publication imminente d’un texte législatif. Le député rappelle que plus de 80% des victimes recensées dans ce secteur sont des femmes, et que les travaux de la commission ont déjà entraîné l’évolution de plusieurs conventions collectives.</p> <p>Le texte, qui doit être présenté à l’occasion du Festival de Cannes, comprend dix-sept mesures législatives. Erwan Balanant précise que le dispositif dépasse le seul secteur culturel : <em>« On profite de ce texte pour proposer un dispositif de contrôle renforcé de l’honorabilité des personnes qui s’occupent ou qui ont la responsabilité d’enfants. »</em></p> <p>Pour Erwan Balanant, ce résultat illustre la valeur du travail parlementaire conduit avec méthode : <em>« C’est justement le travail des commissions d’enquête quand elles sont menées avec sérieux. »</em></p> <h2><strong>Restitution des œuvres : « un texte de réconciliation entre les peuples »</strong></h2> <p>Adoptée à l’unanimité le 13 avril 2026 par l’Assemblée nationale, la loi facilitant <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invi
Alma Dufour: «Le premier pays qui se sera débarrassé des énergies fossiles sera très avantagé»
18 abr 2026, 5:00 · 38 min
<p>Députée La France insoumise de Seine-Maritime, membre de la Commission de la défense nationale et du Conseil supérieur de l'énergie, Alma Dufour se définit encore aujourd'hui comme « gilet jaune ». Invitée de L'Atelier politique, elle décrypte la crise énergétique en cours et défend une écologie qui ne se ferait pas sur le dos des classes populaires.</p> <h2><strong>Crise énergétique : «</strong> <strong>Une catastrophe qui se profile</strong> <strong>»</strong></h2> <p>Membre du Conseil supérieur de l'<strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/énergies/">énergie</a></strong>, Alma Dufour ne mâche pas ses mots sur la situation actuelle. Pour elle, la flambée des <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/économie/">prix</a></strong> des carburants n'est pas une surprise : elle s'y est préparée et a alerté depuis son entrée à l'Assemblée.</p> <p><em>« On est parti sur une décennie de déstabilisations géopolitiques de très grande ampleur. Le premier pays qui se sera débarrassé de sa dépendance aux énergies fossiles sera considérablement avantagé. »</em></p> <p>Alma Dufour pointe nommément la politique de TotalEnergies, dont les marges auraient été multipliées par quatre en dix ans selon elle, enchaînant les records de dividendes. Le blocage des prix annoncé par le Premier ministre à la pompe lui semble une mesure insuffisante, voire contre-productive.</p> <p><em>« Les marges dans la distribution à la pompe sont extrêmement faibles. C'est un cadeau rêvé pour TotalEnergies. C'est une prime aux voyous — pardon, mais je le dis. »</em></p> <p>Sa solution : bloquer les prix au niveau de la production et du raffinage, et taxer les marges des grandes <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/pétrole/">compagnies pétrolières</a></strong>. <em>« </em><em>Ce n’est pas aux Français de payer un prix qui augmente. Il faut bloquer les prix, mais c'est à l'État de taxer ceux qui font de l'argent avec cette énergie qui finira par nous envoyer dans le mur. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>ZFE, voitures électriques : l'écologie ne doit pas se faire sur le dos des pauvres</strong></h2> <p>Les zones à faibles émissions (ZFE), contre lesquels LFI a voté à deux reprises, illustrent pour Alma Dufour ce qu'elle appelle « <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/environnement/">l'écologie</a></strong> libérale » : une transition dont le coût repose sur ceux qui en ont le moins les moyens.</p> <p><em>« Les ZFE n'ont jamais été une mesure pour le climat, c'est une mesure pour la <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/santé/">santé</a></strong> — les particules fines. Ça a forcé des gens à envoyer à la casse des voitures qui consommaient quatre litres aux cent pour s'acheter des SUV qui <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/pollution/">polluaient</a></strong> moins en particules fines mais beaucoup plus en termes <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/climat/">climatiques</a></strong>. »</em></p> <p>Dans sa circonscription, en périphérie de Rouen, Alma Dufour observe que de nombreux habitants continuent à circuler avec des vignettes Crit'Air non conformes, faute de moyens. La réponse qu'elle défend : développer massivement les transports en commun et baisser leurs tarifs.</p> <p>Sur la voiture électrique, Alma Dufour se dit favorable à une électrification massive du parc, à condition que l'État impose aux constructeurs une gamme de véhicules légers à moins de 20 000 euros, assortie d'avances à taux zéro.</p> <p><em>« On est largement excédentaires en électricité, on est le premier exportateur net d'électricité d'Europe. Aujourd'hui, on a l'électricité pour le faire. »</em></p> <p>Sur la question du <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/nucléaire/">nucléaire</a></strong>, la position d'Alma Dufour est pragmatique : il faudra, dans un premier temps, combiner énergies renouvelables et nucléaire, tout en gardant pour hor
Pouria Amirshahi : «À aucun moment je n’ai cru dans la parole de Donald Trump»
11 abr 2026, 5:00 · 38 min
<p>Député de Paris et membre de la Commission des lois, Pouria Amirshahi est né en Iran en 1972, arrivé en France à quatre ans dans les bagages d’une mère opposante au Shah. Invité de l’Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <p> </p> <h2><strong>Un coup de fil dans la nuit</strong></h2> <p>Son père vit toujours en Iran. Quand <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/donald-trump/">Donald Trump</a></strong> a annoncé qu’il s’apprêtait à frapper le pays, Pouria Amirshahi a reçu un appel tard dans la nuit.</p> <p><em>« Vous avez l’impression qu’il vous appelle pour vous dire au revoir, en fait. »</em></p> <p>Depuis bientôt un mois et demi, l’Iran subit une offensive militaire conjointe des <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/états-unis/">États-Unis</a></strong> et d’<strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/israël/">Israël</a></strong>. La révolte du peuple iranien, quelques semaines plus tôt, s’est soldée par une répression terrible : des milliers de morts, certains évoquent jusqu’à trente ou quarante mille victimes.</p> <p>Pouria Amirshahi dit avoir cru, « <em>comme à chaque fois</em> », que cette révolte pouvait faire tomber le régime. Il l’a cru en 2009, dans les mouvements étudiants, et à l’époque du mouvement Femmes de liberté.</p> <p><em>« Ce qui me fascine, c’est cette capacité de la société iranienne, malgré la répression dont elle est victime, à se régénérer, à réinventer, y compris les formes de son opposition au régime et à ne rien lâcher au fond. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>« Un crypto-fasciste mu par l’accaparement des ressources »</strong></h2> <p>Le 13 janvier 2026, au plus fort des manifestations, Donald Trump avait appelé les « patriotes iraniens » à prendre le contrôle de leurs institutions. Pouria Amirshahi ne lui a accordé aucun crédit.</p> <p><em>« À aucun moment je n’ai cru dans la parole de cet homme qui est pour moi un crypto-fasciste dont je sais parfaitement que, par son inculture, il ne comprend rien à ce qu’est l’Iran. »</em></p> <p>Pour Pouria Amirshahi, la logique de Trump obéit à une stratégie simple : l’accaparement des ressources mondiales à l’heure de leur raréfaction.</p> <p><em>« Je crois qu’il a parfaitement compris que l’ère qui s’ouvre est une ère de raréfaction des ressources du fait du réchauffement planétaire. Donc il y a une course de vitesse qui est lancée. »</em></p> <p>Et de citer le <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/groenland/">Groenland</a></strong>, le pétrole vénézuélien, le détroit d’Ormuz, dont il rappelle qu’il était libre avant l’intervention américaine. Il tire aussi la leçon des précédentes guerres : en Irak, l’effondrement de l’État a donné Daech. En <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/libye/">Libye</a></strong>, les appels à la liberté ont engendré Aqmi.</p> <p><em>« C’est une folie. Il faut absolument arrêter cet homme. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>La mort de Khamenei : « pas tout à fait de la satisfaction »</strong></h2> <p>Dès les premières heures des bombardements, le Guide suprême Ali Khamenei a été tué. Pouria Amirshahi décrit une réaction nuancée.</p> <p><em>« J’ai eu quand même un petit rictus invisible de satisfaction. Mais c’est pas tout à fait de la satisfaction. En tout cas, je n’ai pas pleuré. »</em></p> <p>Mais Pouria Amirshahi tempère aussitôt : la mort du Guide ne mène nulle part, dès lors qu’il n’y a pas derrière de prise en main de la suite par le peuple iranien lui-même. Ce n’était pas, dit-il, l’intention de l’administration Trump.</p> <p>Sur la question <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/nucléaire/">nucléaire</a></strong>, Pouria Amirshahi rappelle que l’accord de 2015, conçu pour éloigner l’Iran de la bombe atomique, a été dénoncé par Trump lui-même. Résultat : <em>« Une situation qui n’est qu’une situation de guerre, de désarroi, de malheur ajouté au malheur d’un peuple qui, depuis quarante a
Najat Vallaud-Belkacem : « On est en train de passer à côté de nos vies »
4 abr 2026, 5:00 · 38 min
<p>Ancienne ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem publie <em>Sevrage numérique</em> (Tallandier), un essai nourri d'expériences personnelles et d'enquête. Elle y décrit les mécaniques addictives des plateformes, leurs effets sur les enfants et sur la démocratie, et formule des propositions concrètes. Invitée de L'Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2>Jour cinq : j'ai craqué</h2> <p>Le point de départ est intime. Najat Vallaud-Belkacem signe une tribune appelant à limiter le temps numérique des jeunes. Sa fille lui lance un défi : commencer par elle-même. Nous sommes en août, en vacances. Elle accepte. Une semaine sans écran.</p> <p>L'expérience tourne court. <em>« Il peut y avoir quelque chose de ridicule à ne même pas être capable d'aller jusqu'au bout d'une semaine sans portable, en plein mois d'août »</em>, reconnaît-elle avec un sourire. « <em>Mais le sourire s'arrête vite. Ça dit à quel point nous sommes désormais prisonniers de cette mécanique</em>. »</p> <p>La difficulté tient d'abord à l'utilitarisme. Le téléphone contient tout : l'appareil photo, le compte bancaire, les contacts. Lors de cette cure, elle perd sa carte bancaire. La banque lui demande de faire opposition via l'application. Impossible, elle s'est engagée à ne plus toucher l'écran.</p> <p>Mais, la vraie révélation est ailleurs : l'état de manque. « <em>Avec toute la volonté qui était la mienne, et la motivation non pas de me faire plaisir mais de démontrer à mes enfants que c'est possible – en fait, c'est impossible</em>. »</p> <p>Les chiffres donnent le vertige. En consolidant tous les usages, on arrive à cinquante-six heures par semaine passées devant les écrans. Soit, à l'échelle d'une vie entière, vingt-sept ans de regard rivé sur un petit rectangle lumineux.</p> <hr /> <h2>Le doomscrolling, ou le vide qui aspire</h2> <p>Il est 2 heures du matin. L'écran défile. Le regard est vide. Dans le livre, Najat Vallaud-Belkacem note pour la première fois l'écho entre les deux mots : vide et vidéo.</p> <p>« <em>Quand enfin le mot est créé — doomscrolling, burn-out — on se sent soulagé. On se dit : ah, j'ai mis le doigt sur quelque chose que je ressentais confusément et que je ne savais pas qualifier.</em> »</p> <p>Le phénomène a un nom scientifique lui aussi : la FOMO, Fear of Missing Out, la peur de manquer quelque chose. Pendant sa cure, Najat Vallaud-Belkacem renoue avec les journaux papier. Mais, le journal du matin parle de la veille. Ceux qui l'entourent savent déjà. « <em>Cette impression d'arriver après coup, d'être largué. Ça aussi, c'est très désagréable</em>. »</p> <p>Derrière l'inconfort, elle pointe un enjeu cognitif majeur. « <em>Notre cerveau n'est plus jamais au repos. Il n'a plus jamais le temps de processer l'information. On passe d'une information à une autre, ce qui crée en nous à la fois de l'anxiété et une incapacité à résoudre les problématiques auxquelles on a été confronté.</em> »</p> <hr /> <h2>Les enfants : un désastre documenté</h2> <p>Sur les très jeunes, Najat Vallaud-Belkacem ne laisse aucune ambiguïté. « <em>Chez les moins de trois ans, la science est désormais absolument catégorique : si vous mettez un écran devant eux, vous atrophiez leurs capacités cognitives. De manière gravissime et, malheureusement, irréversible.</em> »</p> <p>Le constat est aggravé par une tendance chiffrée : chez les zéro-six ans, le temps d'écran a triplé en dix ans. Il était d'environ deux heures par semaine, il y a une décennie. Il atteint désormais six heures.</p> <p>Pour les adolescents, le tableau est sombre. Entre 2007 et aujourd'hui, les hospitalisations pour tentatives de suicide ou automutilation chez les adolescentes de 14 à 16 ans ont augmenté de 570 %. « <em>Ça correspond à l'arrivée du smartphone. Il y a dix ans, les adolescents en étaient équipés à 40 %. Aujourd'hui, à 90 %</em>. »</p> <p>La caméra frontale, désormais intégrée à tous les appareils, aggrave encore les choses. « <em>Les
Laurent Jacobelli : «LFI et la Nouvelle France, c'est l'inverse de ce qu'est la France»
28 mar 2026, 6:00 · 38 min
<p>Laurent Jacobelli, député RN de Moselle et porte-parole du Rassemblement national, revient sur les enseignements des élections municipales, le duo Le Pen-Bardella pour 2027, et le rôle perdu de la France sur la scène internationale. Invité de L'Atelier politique, il répond à Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>La participation en berne : une responsabilité politique</strong></h2> <p>Avec 57% de participation, soit six points de moins qu'en 2014, les élections municipales ont confirmé une tendance préoccupante. Pour Laurent Jacobelli, les causes sont avant tout structurelles.</p> <p><em>« Si nos dirigeants avaient voulu que la participation diminue, ils ne s'y seraient pas pris autrement »</em>, tranche-t-il.</p> <p>Il pointe deux réformes en particulier : l'interdiction du panachage dans les petites communes, et la parité obligatoire sur les listes. <em>« Dans un village de 100 habitants où les gens ont du mal à s'engager, c'est compliqué d'assurer la parité »</em>, explique-t-il. Résultat : moins de listes, moins d'envie d'aller voter.</p> <p>À cela s'ajoute, selon lui, un affaiblissement progressif du pouvoir communal. <em>«</em> <em>Lentement mais sûrement, le pouvoir quitte les communes pour aller vers les agglomérations »</em>, observe Laurent Jacobelli. Le rôle du maire, aussi symbolique soit-il dans le cœur des Français, se trouve ainsi réduit sur les questions du quotidien.</p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>Le maire : une figure toujours aimée, mais désormais ciblée</strong></h2> <p>Le député mosellan reconnaît que l'attachement des Français à leur maire reste vivace. Mais ce tableau a ses ombres. Laurent Jacobelli évoque les images de maires sortants chassés de leur mairie après leur défaite, sous les huées.</p> <p><em>« Toucher à son maire, c'est toucher à la République et toucher à l'autorité »</em>, affirme-t-il, appelant à une condamnation unanime de ces comportements.</p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>Le RN multiplie ses communes, mais peine encore sur les métropoles</strong></h2> <p>Le Rassemblement national dirige désormais plus de 70 communes. Laurent Jacobelli y voit la confirmation d'une dynamique territoriale solide.</p> <p>Sur la difficulté à conquérir des grandes villes, il nuance : <em>« Des métropoles plus que des grandes villes »</em>, corrige-t-il. Il souligne notamment le score de Franck Allisio à Marseille, qui a dépassé 40% en rassemblant sur sa liste des sensibilités allant du centre droit à la droite nationale. <em>«</em> <em>Qui aurait parié sur ce score il y a encore six mois</em> <em>? Personne. Même pas les sondages</em> <em>»</em>, relève Laurent Jacobelli.</p> <p>Si Marseille n'est pas tombée dans l'escarcelle du RN, il en impute la responsabilité aux Républicains : <em>« Cette vieille droite a refusé de se retirer, préférant laisser gagner la gauche plutôt que Franck Allisio. »</em></p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>Paris et le cas Mariani : « C'est la démocratie »</strong></h2> <p>Le score de Thierry Mariani à Paris, 1,6% des voix ! Laurent Jacobelli évoque d'abord <em>« un regret »</em> sur le fond du programme. Mais il reconnaît d'autres facteurs : une concurrence interne du camp national avec la candidate de Reconquête, Sarah Knafo, à qui il attribue une campagne davantage axée sur la forme, bénéficiant selon lui <em>« d’une forme de complicité des médias »</em>.</p> <p>Puis il conclut: <em>« Est-ce que Thierry Mariani était en mesure et en capacité de gérer la ville de Paris ? Oui. Est-ce que les Parisiens l'ont choisi ? Non. Dont acte. C'est la démocratie. »</em></p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>Vers 2027 : « Le travail paie »</strong></h2> <p>Interrogé sur les leçons à tirer pour la présidentielle, Laurent Jacobelli formule une réponse en trois mots : <em>« Le travail paie. »</em></p> <p>Il met en avant le fait que tous les maires RN sortants qui se représentaient ont été réélus, souvent dès le premier tour. <em>« C'est tellement rare dans le milieu politique d'avoir quelqu'un qui fait ce
Pascal Perrineau: «L’abstention aux municipales est préoccupante pour les grandes échéances à venir»
21 mar 2026, 6:00 · 38 min
<p>Politologue et ancien directeur du Cevipof, Pascal Perrineau décrypte les enseignements des Municipales de 2026 : abstention record, effacement du macronisme, résistance de LR et du PS et succès en trompe-l'œil de LFI. Invité de l'Atelier politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>L'abstention, fait politique majeur</strong></h2> <p>Pour Pascal Perrineau, il y a un enseignement que les commentateurs n'ont pas assez mis en lumière : <em>« Depuis le début de la Vè République, les Français participaient massivement à deux élections : la présidentielle et les municipales. »</em> Cette double fidélité tenait à un attachement profond : <em>« Les Français ont deux patries. La patrie nationale, la France, et puis la patrie locale, celle où l'on réside, celle où on est né. »</em></p> <p>Cet attachement s'efface. Avec 57% de participation, les municipales de 2026 franchissent un seuil symbolique. <em>« Même la scène municipale, dont les Français nous disent que c'est la dernière scène politique qu'ils apprécient positivement, est saisie par la grève des urnes »</em>, observe Pascal Perrineau. Environ deux-tiers des Français font encore confiance à leur maire et pourtant, 43% sont restés chez eux, un signal préoccupant pour les grandes échéances à venir.</p> <p> </p> <h2><strong>Deux France, deux logiques</strong></h2> <p>Face à la nationalisation des débats, Pascal Perrineau appelle à distinguer les territoires. Dans les grandes métropoles, <em>« le fracas et la confusion du débat politique national ont pris la place des débats à enracinement local »</em>. Mais dans les petites villes, les villes moyennes et les communes rurales, qui constituent l'immense majorité du territoire, <em>« les débats restent largement locaux »</em>.</p> <p>Le Rassemblement national et La France insoumise sont quasiment absents de ces communes. <em>« La France, ce ne sont pas simplement les grandes métropoles »</em>, rappelle Pascal Perrineau, pointant <em>« un clivage entre une France qui reste locale et une France métropolitaine atteinte par l'extrémisation et la brutalisation de la vie politique nationale »</em>.</p> <p> </p> <h2><strong>La droite modérée, force silencieuse</strong></h2> <p>On annonçait LR en voie de disparition. Pascal Perrineau nuance : <em>« C'est vrai qu'à la dernière présidentielle, ils étaient quasiment à 5%. Mais au plan local, ce n'est pas du tout le cas. »</em> Les Républicains et leurs alliés divers droite restent la première force au sortir du premier tour, devant le Parti socialiste et ses alliés.</p> <p><em>« C'est ça la France réelle, la France profonde. La bipolarité classique gauche-droite, avec ces deux grands partis traditionnels, est restée une réalité »</em>, souligne Pascal Perrineau. Une réalité moins visible, car une partie des candidats de sensibilité LR se présentent désormais sous étiquette « divers droite », les grandes étiquettes nationales ne faisant plus recette sur le terrain.</p> <p> </p> <h2><strong>LFI : victoire de communication, réalité contrastée</strong></h2> <p>Le soir du premier tour, La France insoumise est la première formation à prendre la parole dans les médias pour crier victoire. Pascal Perrineau reconnaît volontiers que <em>« LFI est un remarquable communicant »</em>. Mais derrière la mise en scène, le bilan est plus nuancé.</p> <p><em>« Quand vous regardez en détail, c'est faux »</em>, tranche-t-il. Dans le nord de Paris, Danièle Obono échoue. À Marseille, le candidat LFI <em>« dépasse péniblement les 10% »</em>. Dans de nombreuses régions, le mouvement est en recul par rapport aux européennes.</p> <p>Les succès sont réels mais circonscrits, Saint-Denis, Roubaix, et s'expliquent par un travail d'implantation méthodique doublé d'une stratégie de communautarisation assumée. <em>« 68% des Français musulmans avaient voté LFI aux dernières législatives. C'est énorme. On comprend mieux comment la thématique de Gaza joue un rôle dans cette communautarisation »</em>, a
Christophe Gomart : «Dès lors qu'un soldat français est tué, on ne peut pas rester l'arme au pied»
14 mar 2026, 6:00 · 38 min
<p>Invité de L'Atelier Politique, le député européen Les Républicains, ancien général quatre étoiles et ex-directeur du renseignement militaire, revient sur la guerre contre l'Iran, l'engagement de la France au Moyen-Orient et les différences d’objectifs au sein de l'alliance américano-israélienne. Christophe Gomart répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>Une guerre aux origines anciennes</strong></h2> <p>Pour Christophe Gomart, l'offensive israélo-américaine contre <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/iran/">l'Iran</a></strong> s'inscrit dans une logique de long terme. « <em>C'est le seul pays qui dit ouvertement : mon objectif est de détruire un pays qui s'appelle Israël, et ce depuis l'arrivée au pouvoir des mollahs et de l'imam Khameini</em> », rappelle-t-il. Israël, selon lui, cherche depuis des années à empêcher Téhéran d'accéder à l'arme <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/nucléaire/">nucléaire</a></strong>.</p> <p>Il cite l'exemple du virus Stuxnet, introduit dans les systèmes iraniens pour perturber les centrifugeuses d'enrichissement d'uranium. « <em>Ça a ralenti pour deux ou trois ans l'enrichissement nucléaire</em> », indique-t-il.</p> <p>Sur la question du droit international, l'ancien général reprend une formule de l'ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine : « <em>Aucun conflit n'a été réglé par le droit international</em> ». Il note que l'ONU est aujourd'hui « totalement aphone ».</p> <p> </p> <h2>Des objectifs divergents entre Washington et Tel Aviv</h2> <p>Christophe Gomart distingue les motivations américaines et israéliennes dans ce conflit. Côté américain, il pointe un objectif stratégique rarement évoqué. « <em>L'objectif stratégique américain, dont personne ne parle, c'est de réduire les capacités chinoises</em> », affirme-t-il. 16% du <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/pétrole/">pétrole</a></strong> chinois provient d'Iran. En affaiblissant Téhéran, Washington fragilise l'approvisionnement énergétique de <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/chine/">Pékin</a></strong>.</p> <p>Du côté israélien, le tournant est daté avec précision. « <em>Le 7 octobre 2023 a été le vrai « game changer ». Ce jour-là, ils se sont dit : c'est terminé les menaces contre nous. On va éradiquer toutes les menaces — Hamas, Hezbollah, Iran</em> ».</p> <p>Des tensions entre les deux alliés pourraient néanmoins émerger. <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/donald-trump/">Donald Trump</a></strong> veut une issue rapide, sa base électorale MAGA « <em>n'est pas favorable à cette guerre</em> », rappelle Christophe Gomart, tandis que <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/benyamin-netanyahu/">Netanyahu</a></strong> semble déterminé à poursuivre. « <em>Personne ne dit réellement quels sont les objectifs de guerre de Donald Trump</em> », observe-t-il.</p> <p> </p> <h2>La résistance iranienne et l'enjeu du détroit d'Ormuz</h2> <p>L'ancien directeur du renseignement militaire estime que la capacité de résistance iranienne « <em>peut être assez longue</em> ». Le régime est en place depuis près de cinquante ans. Les infrastructures militaires sont souterraines. Les stocks restent difficiles à évaluer.</p> <p>Le détroit d'Ormuz constitue, à ses yeux, l'un des atouts maîtres de Téhéran. Il appelle à la formation d'une coalition internationale, autorisée par l'ONU, pour en garantir la libre circulation. « <em>C'est absolument nécessaire, indispensable pour l'économie mondiale</em> », dit-il.</p> <p>Les attaques iraniennes contre les pays du Golfe, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, répondent selon lui à une stratégie de régionalisation du conflit : pousser ces États à faire pression sur les Américains et les Israéliens pour qu'ils cessent leurs opérations. « <em>Ils cherchent vraiment à faire réagir le monde entier</em> ».</p> <p> </p> <h2>La France entraînée dans le conflit</h2>
David Cormand : «Jean-Luc Mélenchon veut être le roi du cimetière»
7 mar 2026, 6:00 · 38 min
<p>Invité de L'Atelier Politique, le député européen écologiste David Cormand livre son analyse sur l'attaque américano-israélienne contre l'Iran, revient sur la posture du chancelier Merz face à Donald Trump, dénonce le « passage en force » de Von der Leyen sur le Mercosur et tire la sonnette d'alarme sur la dérive de Jean-Luc Mélenchon.</p> <h2><strong>Iran : « C'est potentiellement le pire qui arrive »</strong></h2> <p>L'opération militaire coordonnée entre les <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/états-unis/">États-Unis</a></strong> et <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/israël/">Israël</a></strong> contre le régime <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/iran/">iranien</a></strong> laisse-t-elle espérer un Moyen-Orient plus apaisé ? David Cormand ne cache pas son pessimisme. <em>« J'ai peur que non »</em>, répond-il d'emblée.</p> <p>Il rappelle les précédents : l'<strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/irak/">Irak</a></strong> après le 11 septembre, la <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/libye/">Libye</a></strong>. <em>« À chaque fois, les puissances occidentales ont fait tomber des dictateurs — dont il ne s'agit pas ici de faire l'apologie — mais la motivation profonde de ces interventions n'est pas le bien des peuples sur place. »</em></p> <p>Sur la justification avancée par <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/donald-trump/">Donald Trump</a></strong> — l'Iran à quelques semaines de la bombe atomique, David Cormand est direct : <em>« C'est évidemment complètement grotesque. »</em> Et quand Trump fixe ses objectifs, <em>« il parle de la sécurité des États-Unis et dit au peuple iranien : ça sera à vous de régler les choses. »</em> Agir avec ces motivations, estime-t-il, <em>« c'est potentiellement le pire qui arrive. »</em></p> <p>David Cormand reconnaît la légitimité de l'espoir des Iraniens en exil. <em>« Ces sentiments sont légitimes. »</em> Mais agir <em>« en dépit du droit international, sans préparer le jour d'après de façon sérieuse »</em>, c'est selon lui s'exposer à des lendemains qui déchantent.</p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>Le droit international, une ligne à ne pas franchir</strong></h2> <p>Face aux déclarations explicitement menaçantes de <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/ali-khamenei/">Khamenei</a></strong> et Ahmadinejad contre Israël, l'État hébreu n'était-il pas fondé à agir préventivement ?</p> <p>David Cormand ne conteste pas la nature du régime. <em>« Ce sont des intégristes fanatiques <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/antisémitisme/">antisémites</a></strong> atroces depuis 42 ans. »</em> Mais il refuse l'argument du droit préventif. <em>« Dans le droit international, il n'y a pas de droit préventif à se défendre. Qui décide du niveau de menace qui autorise de déclencher le feu guerrier ? »</em></p> <p>Accepter ce principe, poursuit-il, revient à dire que chaque État peut unilatéralement évaluer une menace et frapper. <em>« On voit bien où cela peut mener. »</em></p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>La France et ses engagements dans la région</strong></h2> <p>Sur le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, David Cormand soutient la décision française. <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/chypre/">Chypre</a></strong>, touchée par des drones, est membre de <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/union-européenne/">l'Union européenne</a></strong>, les accords de soutien réciproque s'appliquent. <em>« La France joue son rôle ».</em></p> <p> </p> <hr /> <h2><strong>Merz face à Trump : «</strong> <strong>Une faute extrêmement lourde</strong> <strong>»</strong></h2> <p>Sur l’attitude du chancelier allemand <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/friedrich-merz/">Friedrich Merz</a></strong> à la Maison Blanche, David Cormand se montre très sévère. La scène : Friedrich Merz, aux côtés
Bruno Fuchs : «Le Parlement doit contribuer à renforcer l'influence de la France»
28 feb 2026, 6:00 · 38 min
<p>Le président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale défend une doctrine française de diplomatie parlementaire. Il alerte également sur la montée des violences politiques. Invité de L'Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <p> </p> <h2><strong>Une doctrine pour mobiliser les parlementaires</strong></h2> <p>Bruno Fuchs, député MoDem du Haut-Rhin et président de la Commission des Affaires étrangères, vient de faire approuver un rapport sur la diplomatie parlementaire.</p> <p>Pour lui, le contexte géopolitique rend la démarche urgente. <em>« Le chaos est tel, l'incompréhension de ce que le monde est en train de devenir est telle qu'il faut mobiliser beaucoup plus de forces pour qu'un pays se fasse entendre »</em>.</p> <p>Les parlementaires, forts de leur légitimité électorale, peuvent selon lui <em>« soit renforcer l'action du gouvernement, soit compléter cette action quand les exécutifs sont en conflit »</em>.</p> <p>Sur le mot « doctrine », il tient à préciser : le rapport ne donne pas de doctrine — il dit qu'il faut en établir une. <em>« Le Parlement doit être une force complémentaire qui permet de mieux déployer et renforcer l'influence de la France »</em>.</p> <p> </p> <h2><strong>Complémentarité avec le Quai d'Orsay</strong></h2> <p>Bruno Fuchs écarte toute idée de concurrence avec la diplomatie gouvernementale. <em>« C'est clairement établi par la Constitution »</em>, dit-il. Chaque parlementaire reste libre de ses initiatives à titre individuel.</p> <p>Il recommande toutefois des réunions de préparation conjointes avec le ministère des Affaires étrangères avant les déplacements sensibles. L'objectif : mieux coordonner les efforts, pas les contrôler.</p> <p>Il cite l'exemple du <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/togo/">Togo</a></strong>, où le président lui a confié ne pas avoir vu un ministre français depuis dix ans. <em>« Il y a d'autres pays concurrents de nous. La concurrence est devenue totale et parfois même très violente »</em>.</p> <p> </p> <h2><strong>Le Sénégal, le Maroc, l'Algérie</strong></h2> <p>Première application concrète : une commission mixte franco-<strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/sénégal/">sénégalaise</a></strong>, réunissant des parlementaires des deux pays autour de deux sujets — le renouvellement du partenariat franco-africain et les questions de mobilité, visas, titres de séjour, regroupement familial.</p> <p>Avec la <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/rdc/">RDC</a></strong>, l'objectif est de préparer un traité de coopération économique à soumettre aux deux exécutifs. Avec le <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/maroc/">Maroc</a></strong>, une contribution parlementaire au futur traité d'amitié est en cours.</p> <p>Sur l'<strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/algérie/">Algérie</a></strong>, Bruno Fuchs dit n'avoir jamais cessé de dialoguer avec ses homologues algériens pendant les périodes de crise. <em>« Quand vous avez un discours qui montre que l'intérêt de la France et de l'Algérie est de développer des coopérations, la France a perdu 25% de ses exportations en 2025. Ce n'est pas par hasard. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>Une conférence européenne des présidents de commission</strong></h2> <p>Bruno Fuchs a créé une conférence des présidents des commissions des Affaires étrangères de <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/union-européenne/">l'Union européenne</a></strong>. Une première réunion s'est tenue. La prochaine, prévue à Bruxelles en avril 2026, devra définir deux ou trois priorités communes.</p> <p>Les thèmes envisagés : la gouvernance multilatérale mondiale, le renforcement de la puissance européenne et la guerre en <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/ukraine/">Ukraine</a></strong>. Sur l'Europe fédérale, il est direct : <em>« C'est l'idée qui défendrait le mieux nos intérêts. Ma
Claire Lejeune : «LFI a toujours mis la non-violence au cœur de sa philosophie politique»
21 feb 2026, 6:00 · 38 min
<p>Après la mort de Quentin, jeune militant identitaire tué à Lyon, la députée insoumise de l'Essonne, Claire Lejeune est l'invitée de L'Atelier politique. Défense de la non-violence, critique du néolibéralisme dominant et mise en garde contre l'instrumentalisation de l'événement, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.</p> <h2><strong>La mort de Quentin : condamnation sans équivoque</strong></h2> <p>C'est l'affaire qui secoue La France Insoumise depuis plusieurs jours. Quentin, 23 ans, militant identitaire, est mort à Lyon en marge d'une conférence de la députée LFI Rima Hassan. Deux collaborateurs parlementaires du mouvement sont impliqués.</p> <p>Claire Lejeune tient avant tout à présenter ses condoléances à la famille, puis pose les termes du débat :</p> <p><em>« La France Insoumise est un mouvement qui a toujours mis la non-violence au cœur de sa philosophie politique. On est un parti politique qui vise à changer la société par le biais des élections. »</em></p> <p>Sur la Jeune Garde, la députée distingue les missions d'autodéfense populaire face aux groupes d'extrême droite lyonnais de ce qui s'est passé cette nuit-là.</p> <p><em>« Ce qui s'est passé n'a rien à voir avec l'autodéfense populaire. On le condamne sans aucune forme d'hésitation ou de doute. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>Raphaël Arnaud investi en 2024</strong></h2> <p>Comment LFI peut-il se réclamer de la non-violence tout en investissant aux législatives de 2024 Raphaël Arnaud, condamné pour violences en réunion en février 2022 ?</p> <p>Claire Lejeune assume :</p> <p><em>« Il a été investi pour son rôle en tant que militant antifasciste, pour son rôle au sein de la Jeune Garde. Les raisons politiques de son investiture sont celles de son fonds politique et des idées politiques qu'il porte. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>Radicalité des idées, radicalité des actes : un lien inévitable ?</strong></h2> <p>La radicalité, LFI l'assume. <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/jean-luc-mélenchon/">Jean-Luc Mélenchon</a></strong> la revendique. Mais la radicalité des idées engendre-t-elle inévitablement une radicalité dans les comportements ? Claire Lejeune convoque l'histoire pour répondre :</p> <p><em>« Le fait d'abattre une monarchie, d'instaurer une République et l'égalité entre citoyens étaient des idées extrêmement radicales au moment où elles se sont imposées. C'est une pente très dangereuse de porter des anathèmes sur des idées qui paraîtraient radicales. »</em></p> <p> </p> <h2><strong>Liberté d'expression : entre Voltaire et les algorithmes</strong></h2> <p>Reprendrait-elle à son compte la formule souvent attribuée à Voltaire — « <em>Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je serais prêt à mourir pour que vous puissiez le dire</em> » ?</p> <p>La députée pose une limite ferme :</p> <p><em>« Il y a des propos qui ne sont pas acceptables dans le débat public — lorsque ça atteint à l'intégrité physique des personnes, lorsqu'on a des <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/racisme/">propos racistes</a></strong>. Ça doit rester ainsi. »</em></p> <p>Sur la proposition de loi Yadan visant à assimiler antisionisme et antisémitisme, sa position est nette. Pour elle, le sionisme est une posture politique, <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/judaïsme/">l'identité juive</a></strong> une identité <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/religion/">religieuse</a></strong>. Confondre les deux serait dangereux. Elle s'inquiète d'un glissement : utiliser un cadre légal déjà existant pour réprimer les militants pro-palestiniens.</p> <p>Quant aux <strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/réseaux-sociaux/">réseaux sociaux</a></strong>, elle juge que des plateformes comme X, sous l'égide d'<strong><a target="_self" href="https://www.rfi.fr/fr/tag/elon-musk/">Elon Musk</a></strong>, ne sont pas des espaces neutres. Mais elle met en garde contre les remèdes qui pourrai
